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Archive pour avril 2009

Varanasi, ville cimetière

Dimanche 5 avril 2009

16-19/03/2009

Nous voici dans notre dernière grande étape du Nord de l’Inde, last but not least puisqu’il s’agit d’une des plus anciennes et des plus sacrées cités du monde. Varanasi – autrefois appelée Bénarès-est mondialement connue pour être la principale ville qui s’étire le long du Gange, mais pour les Hindous, elle représente surtout le centre du culte de Shiva, dieu de la destruction, marquant ainsi un lieu de passage entre les mondes physique et spirituel. Deux activités spectaculaires symbolisent Varanasi : le bain purificateur des pèlerins dans le Gange, et les crémations sur les berges du fleuve. En effet, les Hindous viennent par milliers laver leurs péchés dans le fleuve sacré (vu la pollution de l’eau je vois mal ce qu’ils pourraient y laver d’autre…), et ils pensent que mourir ou se faire incinérer à Varanasi permet de mettre un terme au cycle des réincarnations.

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La première journée, nous ne nous aventurons pas trop loin de notre hôtel, encore bien fatigués par notre laborieux trajet en train. Nous avons la chance de rencontrer de sympathiques globetrotters qui arrivent du Népal où ils ont connu quelques soucis de transport dus à de récents importants mouvements de grève (comme quoi les Français n’ont pas le monopole !). Leur récit n’est pas très rassurant : apparemment un groupe ethnique du sud du pays a décidé d’exprimer son mécontentement vis-à-vis du gouvernement central (fortes inégalités en termes de redistribution des richesses/ressources entre les différentes provinces) en bloquant les principales routes du sud. Certains touristes ont du parcourir des dizaines de kilomètres en vélo-rickshaw, ce qui n’est pas le moyen de transport le plus rapide. Ces événements promettent de belles aventures en perspective ! Nous ne nous inquiétons pas outre mesure car il est évident que les manifestants n’ont aucunement l’intention de s’en prendre aux étrangers. Nous allons suivre la situation de près mais n’envisageons pas d’annuler notre séjour au Népal.

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Le lendemain, frais et dispos, nous sommes enfin prêts à faire connaissance avec la cité du Gange, et a côtoyer la mort, brrrrrrr…… la journée commence très fort ; alors que nous prenons un raccourci en longeant les voies ferrées afin d’aller au bureau des réservations acheter notre prochain billet de train, Bibi s’arrête brusquement car il a vu quelque chose d’étrange sur les rails, à une quinzaine de mètres du quai. En y regardant de plus près nous constatons avec horreur qu’il s’agit du corps d’un homme. Ses jambes ont semble-t-il été sectionnées et il s’est littéralement vidé de son sang. Il git là, la tête encore posée sur les rails, et aucun des dizaines de passants qui traversent les voies non loin de là n’y prête attention. Encore sous le choc de cette vision macabre, nous nous pressons vers le bureau du chef de gare pour l’avertir qu’un cadavre se trouve à l’entrée de sa gare.

De retour dans la vieille ville nous errons le long des ghats et nous arrêtons longuement le long du principal lieu de crémation. Le spectacle qui s’offre à nous est assez déroutant et nous réalisons alors combien la mort demeure un sujet tabou dans nos cultures occidentales.

Bienvenue dans l’usine à crémation de Varanasi : le burning ghat est ouvert 24h/24. Plus de 300 corps y sont brûlés chaque jour sur une douzaine de bûchers. Un des ‘ouvriers’ du ghat nous explique qu’il faut environ 3-4 heures pour qu’un corps se consume et jusqu’à 500kg de bois selon la corpulence. Plusieurs bois sont utilisés, le plus cher étant le bois de santal qui coûte en moyenne 2000 roupies le kilo (soit environ 35€). La plupart des familles se limitent à des bois inférieurs qui ne dépassent pas les 10 roupies/kg. Les corps sont amenés sur des brancards à travers les rues de la vieille ville jusqu’au bord du fleuve. Ils sont recouverts de tissu brillant. Les hommes et les veuves sont emmaillotés dans des linceuls blancs, tandis que les femmes sont en rouge. Les corps sont trempés dans le fleuve sacré avant d’être déposés sur le bûcher. Le transport et l’immersion sont réalisées par un groupe (une caste ?) particulière, mais c’est le fils aîné du (de la) défunt(e) qui allume le bûcher. Le crâne rasé, et tout de blanc vêtu, ce dernier allume un peu de foin auprès du feu éternel qui brûle en haut du ghat, puis descend près du bûcher dont il fait cinq fois le tour (conformément aux 5 éléments) avant d’y mettre le feu. Seuls les hommes de la famille assistent à la crémation ; les femmes, trop émotives y sont interdites car leurs pleurs ne seraient pas bons pour le karma du défunt. Il est important de noter que certaines catégories d’individus sont exemptées de crémation ; il en va ainsi des enfants de moins de 10 ans et des femmes enceintes, considérés comme êtres purs. Les saints hommes/femmes ne sont pas non plus incinérés. Plus étrange, j’apprends que les lépreux et les personnes qui sont décédées des suites d’une morsure d’un cobra ne sont pas brûlés (le cobra est un des attributs de Shiva). Tous ceux là sont donc directement jetés au milieu du fleuve, lestés par des pierres.

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Nous sommes restés là de longues minutes à observer plusieurs corps rétrécir au milieu des flammes ; je ne peux m’empêcher de trouver tout cela assez glauque. Ah oui j’ai oublié de mentionner qu’une fois la crémation terminée, les cendres sont jetées dans le fleuve, et des hommes tamisent les restes histoire de récupérer les bijoux ou dents en or qui n’ont pas été réduits en poussière. A leur côté vaches et chèvres reniflent les restes pour voir s’il y a quelque chose d’intéressant. L’endroit me met mal à l’aise, mais plus j’y pense et plus je me dis que ce rapport à la mort si simple, naturel et élémentaire et peut être préférable à notre façon de faire en Occident…à méditer…. Quoi qu’il en soit les Hindous sont prêts à n’importe quoi pour pousser leur dernier soupire à Varanasi, en témoignent les hospices (où plutôt devrais-je dire ‘mouroirs’) qui bordent le burning ghat. Je n’ai pas eu le cœur d’aller y faire un tour, mais on dit qu’ils abritent de nombreux vieillards venus y attendre leur dernière heure.

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Nous poursuivons notre balade le long des ghats et nous rendons compte de la multitude d’activités qui s’y déroulent toute la journée. Pendant que certains sages méditent, des dizaines d’Hindous viennent procéder à leur quotidienne puja offrande/prière. A quelques mètres de là on trouve des personnes proposant des massages (et d’autres qui acceptent !), sans oublier les enfants et jeunes hommes qui enchaînent les parties de cricket, et les femmes qui font leur lessive (à ce sujet je me demande si c’était une bonne idée de déposer mon linge sale ce matin à la réception de l’hôtel…). Le tableau ne serait bien sûr pas complet sans les dizaines de vaches et buffles qui alternent les bains et séances de farniente sur les plateformes. La balade le long des ghats est agréable, bien que nous soyons trop souvent sollicités par des rabatteurs. Plus tard dans la soirée nous succombons au classique ‘tour de barque pour le coucher de soleil’, qui nous permet de retourner voir les crémations et d’assister à un spectacle/cérémonie d’offrandes et chants que je trouve soporifique au possible. Le lendemain matin nous succombons au non moins traditionnel ‘tour de barque pour le lever du soleil’, très belle expérience réservée aux lève-tôt !

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Après avoir changé d’hôtel en privilégiant le calme et la présence d’une piscine (le Bibi est une espèce qui a besoin d’eau pour survivre et la baignade dans le Gange ne me semblait pas être une option recevable), nous préparons la suite de notre périple vers le Népal et organisons une dernière ‘excursion’ vers Sarnath, l’une des 4 grandes villes du bouddhisme.

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Le Bouddha est né à Lumbini, au Népal, et étant parvenu à l’Eveil dans la ville de Bodhgaya, il s’en est allé vers Sarnath où il a donné son fameux discours sur la Voie du Milieu, à cinq disciples. La dernière ville ‘sainte’ est Kushinagar, dernière demeure du Buddha. Plusieurs monuments et temples ont été érigés à l’endroit où ce premier sermon fut donné. La ville de Sarnath est également intéressante à visiter car des temples bouddhistes de différents pays y ont été construits par des fidèles. Nous avons ainsi pu y observer et comparer l’architecture de temples bouddhistes tibétain, chinois, japonais, birman et thaïlandais.

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Et voilà, c’en est terminé de notre séjour en Inde du Nord ! Il nous reste une dernière étape sans intérêt aucun dans la ville ‘frontière’ de Gorakhpur. Le prochain article sera népalais…

Namaste…

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Le train fantôme

Dimanche 5 avril 2009

15/03/2009

Tout commence plutôt bien quand le bus (très inconfortable) quitte la gare routière de Khajuraho à l’heure (honnêtement je ne pensais pas que cela pouvait être possible). Le trajet est assez chaotique et sinueux mais nous arrivons tant bien que mal à Satna ‘la ville du ciment’ (charmant !). Nous sommes rassurés par le fait que d’autres touristes voyagent en notre compagnie ; au moins si cela tourne à la galère, on ne sera pas les seuls à galérer !

18h30 : très vite je constate que notre train prévu pour 20h00 ne figure pas sur le tableau de la gare ; plusieurs autres toursites ont l’air également assez perdus. Je vais tout de même chercher des renseignements auprès du chef de gare. Il m’explique que mon train est un train spécial qui a été rajouté au planning normal pour absorber l’afflux de voyageurs en période de fête ; voilà pourquoi il n’apparait pas sur le panneau lumineux. Après un coup de fil supplémentaire il m’annonce également que le train a déjà cumulé un retard de 2 heures. Nous prenons notre mal en patience…

19h30 : tous les autres touristes qui nous accompagnaient jusque là montent dans le train ‘normal’ pour Bénarès, c’est assez déprimant ! Les trains se succèdent sur les plateformes. Nous assistons à des scènes hallucinantes : des voyageurs lançant leurs bagages par les fenêtres du train et courant derrière le wagon pour y trouver une place alors même que les couloirs et le hall d’entrée sont déjà complètement bondés de monde. « Ils sont fous, ces Indiens ! ».

21h30 : je retourne voir le chef de gare, qui m’annonce sans surprise que le train a encore pris du retard ; selon lui il ne sera paslà avant minuit… Sur le quai, l’attente est longue, malgré les ‘divertissements’ qui ne manquent pas (enfants qui font leurs besoins, vaches courant sur les rails poursuivies par une locomotive, famille s’installant à même le sol pour y passer la nuit…).

23h30 : n’ayant toujours pas entendu l’annonce de l’arrivée de notre train je retourne une fois de plus chez le chef de gare qui semble s’habituer à me visites. L’air inquiet il me dit que son bureau ferme à minuit ; je lui mets la pression pour qu’il me dise où se trouve mon train. Il passe encore un coup de fil et m’assure que le train entrera en gare d’ici 45 minutes. Je retourne sur le quai n°2, ne sachant pas encore si je vais devoir y passer la nuit…le quai s’est progressivement vidé, mais de nombreuses personnes demeurent dans le hall principal ; certaines doivent y passer plusieurs jours à attendre un train avec des places libres.

00h45 : pas de train…

01h00 : toujours pas de train…

01h15 : gros soulagement le train 0582 entre enfin en gare ! deuxième ‘ouf’ : notre wagon couchettes est quasiment vide ; nous allons enfin pouvoir nous reposer !

Voilà pour cette première petite galère transport ; il y en aura certainement d’autres, comme pour ce couple que nous avons récemment rencontré et qui a mis près de 48 heures de bus pour rejoindre Katmandou depuis la frontière indienne du Darjeeling, un trajet qui ne prend normalement pas plus de 10 heures…

Khajuraho, où k… s…. et religion ne font plus qu’un

Dimanche 5 avril 2009

12-15/03/09

Après un trajet en bus des plus désagréables (véhicule bondé, impossible de caser nos jambes devant nous, musique atroce, pneu qui éclate…) nous voilà arrivés à Khajuraho, petite ville connue dans le monde entier pour sa vingtaine de temples ornés de sculptures érotiques.

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D’après la légende, khajuraho fut fondée par le fils du dieu de la lune après qu’il soit tombé éperdument amoureux d’une jolie vierge se baignant dans une rivière. Les 85 temples édifiés aux Xème et XIème siècles par la dynastie des Chandela ont perduré cinq cents ans avant de tomber sous les assauts des Moghols. Aujourd’hui il n’en reste plus que 22. Plus tard, les Chandela ont abandonné leurs temples sous les menaces des envahisseurs afghans. Les édifices sont tombés en ruine et le monde ignora tout de leur existence jusqu’à ce qu’un officier britannique les découvre en 1838. Il fut surpris par la beauté des lieux, mais fut choqué par les statues érotiques qu’il décrivit comme : ‘un peu plus osées qu’il n’est absolument nécessaire’.

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Nous avons passé de longues heures, comme la plupart des autres touristes à scruter les façcades des temples et nous avons pu ainsi observer plusieurs scènes fort licencieuses, (et éventuellement attraper un beau torticoli !) notamment des couples s’unissant dans des poses très acrobatiques ou encore un homme s’accouplant à une jument…je n’en dirai pas davantage, les photos parlent d’elles mêmes  ;)

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Le lendemain nous poursuivons les visites de temples en empruntant un moyen de locomotion écologique : le vélo. Perchés sur deux beaux specimens hollandais, nous voilà partis à l’aventure. Cette excursion fut surtout agréable pour son côté bucolique (traversée de petits villages perdus au milieu des champs). Et oui ! figurez-vous que les sculptures érotiques au début, c’est bien marrant, mais après un temps, on s’en lasse !

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Nous n’avons pas pu résister à l’envie d’acheter un jeu de cartes de Khajuraho ; chaque carte reprend une des statues de temples. J’avoue que nous avons pas mal de succès dès que nous sortons notre jeu pour une belote comptoir… ;)

Et pour terminer tentons de répondre à la question que vous vous êtes tous posée : pourquoi sculpter des scènes érotiques sur des temples ? et bien personne ne connait avec certitude la signification de ces statues. Certains chercheurs prétendent que les expressions paisibles et satisfaites des statues indiquent qu’à l’époque le sexe était un moyen courant de s’entraîner à la modération ; d’autres pensent qu’il s’agit en fait d’une sorte de kama sutra en pierre destiné aux jeunes brahmanes. Une autre théorie veut que les statues aient pour but de protéger les temples de la foudre en calmant le dieu de la pluie – Indra – vieillard lubrique et voyeur impénitent qui n’aurait pas apprécié que la source de son plaisir soit endommagée. Mais peut être que comme le suggère le Guide Lonely Planet, les sculpteurs de Khajuraho se sont simplement inspirés de la vie quotidienne de l’époque dont la sexualité faisait partie, sans aucun tabou.

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