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L’école du monde n°8: quizz animaux

Samedi 31 octobre 2009

Les réponses se trouvent en bas de l’article (avec quelques anecdotes en bonus).

1) Je suis le principal animal domestique du continent sud américain.

Je vis surtout à des altitudes élevées (plus de 3500m)

Je suis principalement utilisé comme bête de somme (pour transporter des affaires), mais je suis trop ‘faible’ pour porter des hommes.

Ma fourrure et ma viande sont très appréciées.

J’ai la réputation d’avoir très mauvais caractère, et notamment de cracher lorsque je me sens en danger.

L’alpaca (ou alpaga) est un de mes proches cousins

Qui suis-je ?

2) Je suis un très grand rapace diurne (je vis le jour, et non la nuit)

On me trouve à haute altitude (entre 3000 et 5000m), dans les montagnes escarpées des Andes (en Amérique du Sud)

Une fois mes ailes déployées, je peux atteindre 3 mètres d’envergure (de large)

Je suis un charognard, c’est-à-dire que je me nourris des carcasses d’animaux morts

Je peux vivre jusqu’à 50 ans

Qui suis-je ?

3) Je suis un rongeur de taille moyenne

Je suis originaire d’Amérique, contrairement à ce que mon nom pourrait laisser croire

Comme tous les rongeurs, j’ai de grandes incisives qui poussent continuellement

Au Pérou, on me mange traditionnellement lors des repas de fêtes et banquets de mariage

En Europe je suis devenu un animal de compagnie apprécié pour ma placidité (je ne mords pas)

J’ai aussi été longtemps utilisé comme animal de laboratoire

Je suis très prolifique   (je fais beaucoup de petits)

Qui suis-je ?

4) Je suis un grand oiseau aquatique

On a tendance à m’associer uniquement au contexte tropical (au bord du lagon, sous les cocotiers) alors qu’en fait on me trouve un peu partout sur la planète, aussi bien au niveau de la mer qu’à 5000m d’latitude.

Je vis en grands groupes et fréquentent essentiellement des étendues d’eau peu profonde

Je me nourris de petits crustacés et d’algues

Mon nom fait référence à la couleur de mon beau plumage

Qui suis-je ?


5) Je suis un des plus gros mammifères marins, avec un poids moyen de 25 tonnes

Je reste en moyenne 45 minutes sous l’eau, et lorsque je refais surface, j’expulse l’air de mes poumons provoquant un jet qui atteint facilement 3 mètres de haut.

Pendant la période d’accouplement, la compétition pour séduire une femelle est rude ; les figures réalisées par les mâles comprennent des sauts pouvant dépasser 5 mètres de haut.

Je suis également réputé pour les longs chants complexes que je peux émettre des heures durant

Qui suis-je ?

6) Je suis un poisson cartilagineux, le plus grand de mon espèce ; je peux peser plusieurs tonnes.

Je suis facilement reconnaissable à ma tête presque plate avec de chaque côté une extrémité cornue, ce qui me vaut le surnom de « diable des mers »

Mon véritable nom provient du mot espagnol signifiant ‘couverture’

On me trouve dans toutes les eaux tropicales

Qui suis-je ?

7) Je suis un des plus gros mammifères terrestres herbivores

Je suis gravement menacé d’extinction (disparition) car les hommes me chassent pour ma/mes cornes

Je suis presque aveugle, mais j’ai de très bonnes oreilles et un odorat particulièrement fin

Je suis surtout actif à la tombée du jour et durant la nuit ; le jour, je dors

Mes meilleurs amis sont les oiseaux pique-bœufs qui se posent sur mon dos et me débarrassent des parasites

Qui suis-je ?

8) Je suis un grand ruminant à long poil que l’on trouve dans la région de l’Himalaya

Je vis donc à une haute altitude (plus de 5000 mètres) et suis capable de supporter des températures allant jusqu’à -40°C

Comme dans le cochon chez moi, tout est bon ! On m’utilise comme animal de bât (pour transporter des charges de plus de 120kg) ; ma laine sert à confectionner des vêtements chauds et des cordes, ma peau est transformée en cuir, ma viande est séchée, mon lait est consommé frais et permet de fabriquer du beurre et du fromage. Et ce n’est pas tout, mes bouses, une fois séchées, sont un excellent combustible.

Qui suis-je ?

Réponses:

1) LE LAMA. Les premiers écrits concernant le lama le comparent généralement au mouton. Pourtant, on s’aperçut très vite de sa parenté avec le chameau, et donc avec les camélidés.

lama

2) LE CONDOR. Quand il devient trop vieux et qu’il ne peut plus bien voler ni s’alimenter, le condor prend un dernier vol très haut et se laisse tomber sur les rochers.

condor

3) LE COCHON D’INDE. Le cochon d’Inde porte bien mal son nom puisqu’il n’est ni cochon, ni d’Inde. En fait nous devons cette erreur à Christophe Colomb qui a ainsi nommé l’animal découvert en Amérique alors qu’il croyait être arrivé aux Indes…    Ceux d’entre vous qui parlent la langue de Shakespeare savent qu’en anglais, cochon d’Inde se traduit par guinea pig : encore une méprise géographique ? et bien non en fait cette appellation fit référence au cochon valant une guinée, ancienne monnaie anglaise.  Dans d’autres pays européens notamment en Allemagne, Russie, Pologne, Suède, on utilise le terme ‘petit cochon de mer’ qui rappelle que ces animaux ont été amenés en Europe par des commerçants hollandais ; ils ont donc voyagé par bateau.

cochon-inde

4) LE FLAMANT ROSE. Bien que n’étant pas mammifère, les flamants produisent un lait ; les jeunes flamants sont nourris de ce lait pendant environ 2 mois, jusqu’à ce que leur bec soit suffisamment développé pour filtrer la nourriture.

flamant

5) LA BALEINE A BOSSE. On fait souvent une faute d’orthographe et un non sens en écrivant le nom de cet animal car on imagine logiquement qu’il fait référence aux tubercules (bosses) que la baleine porte sur la tête, alors qu’en fait il s’agit de la bosse du dos car l’animal avant de plonger fait le dos rond. La traduction anglaise est d’ailleurs très claire : Humpback whale, soit la baleine bossue.

baleine

6) LA RAIE MANTA. La raie manta est un taxi sous marin ; en effet de nombreux poissons s’accrochent sous la raie manta pour se déplacer sans se fatiguer et récupérer la nourriture délaissée par leur hôte.

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7) LE RHINOCEROS. On pense souvent que les cornes des rhinocéros sont en os, alors qu’en fait elles se composent essentiellement de kératine, une protéine que l’on trouve dans les cheveux.    Comme beaucoup d’animaux le rhinocéros utilise son urine et ses déjections pour marquer son territoire, mais il a un ‘truc en plus’ : il fait tourner sa queue, comme un ventilateur, afin que l’odeur se répande sur une plus grande surface….elle est pas belle la nature ??!!

rhinoceros

8) LE YAK

yak

Du bleu plein les yeux au lac Titicaca

Vendredi 30 octobre 2009

Et non, le Titicaca n’est donc pas le lac navigable le plus haut du monde (il en existerait de plus élevés aux Pérou et Chili voisins), mais il se tient tout de même à plus de 3800m, et n’en demeure pas moins impressionnant de par ses dimensions : jusqu’à 100km de large, pour 230 de long.

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La route reliant La Paz à Copacabana (rien à voir avec la fameuse plage de Rio de Janeiro) offre de superbes panoramas. Les sommets enneigés se tiennent tout d’abord à nos côtés, avant de glisser derrière le lac, qui affiche une magnifique couleur bleu saphir.

deau-et-de-neige

Après quelques heures d’extase devant de si beaux paysages, nous arrivons dans la paisible petite ville de Copacabana. Le soleil brille de tous ses feux et on a vraiment envie de se baigner, mais en fait ce ne sont que les doigts de pied qui feront trempette ; n’oublions pas l’altitude…l’eau est plutôt fraîche ! Une alternative intéressante est le tour en pédalo (oui, oui les éternels pédalos en forme de cygne que Bibi aime tant) ou bien en canoë.

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Petite leçon d’histoire : avant l’arrivée des Incas, la région de Copacabana était habitée par le peuple Aymara qui adorait le soleil, la lune, la Terre Mère (Pachamama) et d’autres esprits. Une fois les Aymaras intégrés à l’empire inca, ce dernier appliqua le principe du ‘diviser pour mieux régner’ en attribuant de hautes fonctions à ceux qui s’étaient immédiatement soumis, et reléguant à des tâches manuelles ceux qui avaient osé leur résister. Or cette mesure allait totalement à l’encontre de la culture communautaire Aymara et le ressentiment grandissant à l’égard des incas provoqua le rejet de leur religion au profit du christianisme (et oui car entre temps les prêtres espagnols étaient arrivés dans la région).

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Afin de remédier à l’absence de statue représentant la sainte patronne de la congrégation, un sculpteur amateur se rendit à Potosi pour y étudier les arts et en revint quelques mois plus tard avec la figurine de la Vierge noire du lac qui ne tardât pas à accomplir de miraculeuses guérisons. Par la suite, la communauté décida de construire une cathédrale en l’honneur de la sainte. Le résultat est un superbe édifice blanc d’inspiration mauresque. Dans une petite chapelle attenante des dizaines de pèlerins viennent allumer des cierges et ceux dont les prières ont été exaucées font graver une plaque sur laquelle ils expriment leur gratitude à la vierge.

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En fin d’après midi, il est populaire de grimper en haut de la petite colline qui domine la ville pour y admirer le panorama à la douce lumière de la fin du jour.

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Et quoi de plus agréable que de terminer la journée par une petite truite farcie, la spécialité culinaire locale ?

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Notre paisible séjour au lac Titicaca s’achève par une courte excursion sur l’Isla del Sol toute proche. Cette île revêt un caractère sacré pour de nombreux peuples des Andes qui considèrent qu’elle est le lieu de création de plusieurs de leurs dieux. On y trouve donc beaucoup de vestiges anciens, mais Bibi et moi avons préféré profiter d’un magnifique chemin de randonnée qui traverse l’île du nord au sud, et qui passe par plusieurs petits villages traditionnels. Il parait que les paysages rappellent la Grèce (je ne peux confirmer, n’y ayant jamais mis les pieds). Entouka, nous avons trouvé cette balade magnifique.

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Enfin on ne peut pas parler du lac Titicaca sans évoquer ce qui était autrefois un vrai art de vivre pour le peuple des Uros, mais qui est depuis devenu essentiellement une attraction touristique ; il s’agit de l’utilisation du totora, une sorte de paille/roseau qui pousse abondamment sur les bords du lac, pour construire des embarcations, mais également de véritables villages flottants. Etonnant, non ?

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Voilà, un dernier coucher de soleil sur le lac et nous prenons momentanément congé de la Bolivie pour nous rendre au Pérou où de nouvelles aventures nous attendent.

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L’école du monde n°7: on ne naît pas tous sous la même étoile

Mardi 20 octobre 2009

Le programme devrait être à peu près le même pour tous les enfants de la Terre, mais malheureusement dans plusieurs endroits, les enfants n’ont pas la possibilité d’aller à l’école, et ils sont si pauvres qu’ils doivent travailler comme des grandes personnes au lieu de jouer et apprendre à lire, compter et écrire.

Ici en Bolivie, les gens qui habitent à la campagne sont souvent très pauvres et la vie des enfants ne ressemblent pas vraiment à la vôtre, comme vous pouvez le constater en lisant l’histoire de ces deux enfants.

1. Je m’appelle Julien, j’ai 11 ans. Mes petits frères et moi vendons des bananes au marché, pour aider ma maman. Chaque matin, je me lève très tôt pour aller ramasser des bananes. Je suis généralement de retour à la maison vers 7 heures. Avec mes frères on met les bananes dans notre charrette et on part les vendre au marché. Les gens qui nous connaissent bien achètent nos bananes. Quand on ne vend pas beaucoup au marché, on prend la charrette et on sillonne les rues de la ville pour proposer nos bananes à plus de personnes. Nous vendons les bananes pendant que ma maman s’occupe de nos petites sœurs, qu’elle prépare à manger pour la famille et qu’elle lave le linge. Quand la charrette est pleine de bananes, elle est très lourde à tirer et je me fais souvent mal aux mains. Je ne vends les bananes que jusqu’à midi, car après j’ai un autre travail dans un garage où on réparer les voitures. C’est un travail très salissant mais au moins cela me permet de ramener un peu d’argent à la maison. Le soir, quand je rentre à la maison je vois si mes frères ont réussi à vendre toutes les bananes. Si ce n’est pas le cas, on tente de les vendre le lendemain, mais à un prix plus bas car elles sont déjà un peu abîmées…

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2. Je m’appelle Hugo, j’ai 15 ans et 4 frères. Je suis né à la campagne, et j’ai toujours aidé mes parents dans les champs, où nous cultivions des pommes de terre, du maïs et du blé. Mon père travaillait aussi à la mine, et dès que j’ai eu 5 ans je lui amenais chaque jour son repas, et ses outils. Quand j’ai eu 8 ans je suis parti à la ville avec une de mes tantes, pour aller à l’école car je ne voulais pas faire le même travail que mes parents. Je vivais avec ma tante dans une toute petite maison, où il n’y avait pas de toilettes, et seulement de l’eau froide. Nous n’avions pas de meubles et nous dormions par terre sur des couvertures. J’ai fait plusieurs petits boulots : j’ai travaillé au cimetière municipal, puis aussi au marché où j’aidais les femmes à porter leurs sacs, et je nettoyais les ordures. Plus tard, j’ai été laveur de voitures, cireur de chaussures et vendeur de sucreries. Ce n’était pas toujours facile ; certaines personnes étaient très méchantes avec moi, mais au moins avec le peu d’argent que je gagnais, j’ai réussi à acheter les fournitures scolaires dont j’avais besoin, quelques vêtements, et quelques meubles pour la maison.

Il est parfois bon de regarder autour de nous et de prendre conscience de la chance qu’on a…allez, vous pouvez retourner jouer maintenant !! ;)

L’école du monde n°6: contes et légendes de Bolivie

Mardi 20 octobre 2009

Voici donc pour vous la légende du condor et du renard.

Il était une fois une montagne sur laquelle vivaient de nombreux animaux. Parmi eux le condor et le renard étaient très amis. Un jour, le condor vint rendre visite à son ami le renard et lui annonça que c’était bientôt son anniversaire. « Je vais donner une fête pour célébrer mon anniversaire et j’aimerais t’y inviter. Elle aura lieu là haut, chez moi, dans le ciel. Tu viendras ? »

Le renard était très content de l’invitation mais il expliqua au condor que ne sachant pas voler, il ne voyait pas comment il pourrait se rendre dans le ciel. Le condor lui répondit que cela n’était pas un problème. « Je viendrai te chercher et t’emmènerai là-haut sur mon dos. »

Le jour prévu, le condor vint chercher son ami le renard et tous deux s’envolèrent vers le ciel. Après un long voyage ils arrivèrent à l’endroit où avait lieu la fête. Un grand buffet était prêt pour les invités. Le condor s’adressa au renard : «tout les invités ne sont pas encore présents donc il est interdit de commencer à manger avant que j’en donne la permission. » Le renard fit signe qu’il avait compris.

Après une demi-heure, le renard, fatigué d’attendre, décida de se servir à manger. Il goûta à presque tous les aliments qui étaient placés sur le buffet et se resservi même de plusieurs plats. Une fois bien rassasié il voulut rentrer chez lui et chercha un moyen de redescendre sur terre. Il trouva une longue corde qu’il s’attacha autour du ventre et se laissa glisser dans le vide. A mi chemin il rencontra deux perroquets qui volèrent près de lui. Très fier de son astuce il ne pu s’empêcher de leur crier : « vous voyez, moi aussi je sais voler aussi haut que vous ! ». Les perroquets n’apprécièrent pas la remarque du renard, et coupèrent la corde avec leur bec. Le renard fit une terrible chute et vint s’écraser sur des rochers. Tout ce qu’il avait mangé – des patates, du maïs, du riz, des haricots, du café, du blé, etc… - fut répandu sur la terre.

Tous ces aliments forment aujourd’hui la base de l’alimentation des populations de la région des hauts plateaux boliviens. La légende veut donc que ce soit le renard qui ait amené toutes ces bonnes choses du ciel, afin que les hommes puissent les cultiver et s’en nourrir.

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Certaines des histoires ressemblent davantage à des fables ; elles contiennent une ‘morale’ et apprenne aux enfants à être plus malins que ceux qui leur veulent du mal. Celle-ci s’intitule Le renard et le lapin.

Ce matin là il faisait très beau et le lapin profitait du soleil, allongé contre un petit muret. Le renard passait par là, vit le lapin et décida qu’il se le mettrait bien sous la dent. Mais le lapin lui dit « Renard, tu ne peux pas me manger, car je retiens ce mur qui est en train de s’effondrer. Si tu me croques, le mur va s’écrouler sur toi. » Le renard et le lapin se mirent d’accord pour que le renard parte chercher quelqu’un ou quelque chose qui puisse retenir le mur à la place du lapin. Le renard partit en courant, pensant qu’il allait bientôt faire un bon festin. Il revint quelques minutes plus tard avec un gros bâton, mais alors qu’il était en train de placer le bout de bois contre le mur, le lapin en profita pour prendre la fuite.

Le renard, très énervé par le tour que le lapin venait de lui jouer partit à sa poursuite. Il le retrouva un peu plus tard en train de déguster des fruits de cactus. Le renard était très en colère : « Maintenant je vais te dévorer et tu ne te moqueras plus de moi avec tes farces ! - C’est vraiment dommage, répondit le lapin, car ces fruits de cactus sont bien plus savoureux que moi ! Et il y en a plein ici, regarde ! ». Le renard, qui ne connaissait pas les cactus se précipita dans les buissons piquants et se retrouva couvert d’épines douloureuses, et vit le lapin qui prenait une nouvelle fois la fuite.

On pourrait terminer l’histoire par le fameux ‘il jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y reprendrait plus’….quoique, ne dit-on pas également ‘jamais deux sans trois ?

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Allez, bonne nuit les petits !

La Paz, capitale la plus haute du monde

Mardi 20 octobre 2009

Nous voici dans la capitale la plus haute du monde. L’altitude est certes étourdissante, mais la configuration même de la ville suffit à couper le souffle. Alors que le centre ville – avec demeures coloniales et ses bâtiments modernes - occupe les quartiers bas, des milliers de petites maisons en pisé sont accrochées aux parois du canyon que forme la vallée. A l’arrière plan le mont Illimani (6402m) domine le ciel.

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Ce qu’on aime surtout à La Paz, c’est le mélange réussi entre la grande ville et la campagne typique de l’Altiplano. Le quartier touristique est bondé de boutiques d’artisanat et d’hôtels/restaurants, mais les trottoirs sont également pris d’assaut par les agricultrices des environs, en costume traditionnel qui viennent vendre leurs produits frais (les légumes et fruits sont magnifiques et absolument délicieux en Bolivie).

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La plupart des visiteurs fraîchement débarqués à l’aéroport de La Paz mettent plusieurs jours avant de pouvoir gravir les pentes de la capitale sans perdre leur souffle, mais étant donné que nous sommes déjà passés par les hauteurs de Potosi, nous passons le plus clair de nos journées à visiter les nombreux sites culturels et historiques, et à fouiner en quête de bonnes affaires en laine d’alpaca, ce cousin éloigné du lama.

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Parmi les beaux monuments que compte la capitale figure l’Eglise de San Francisco située sur la place du même nom. Les sculptures de la façade sont originales, faisant notamment la part belle aux oiseaux tropicaux. Lors de notre passage à La Paz le cloître de la basilique avait été choisi pour présenter l’exposition WorldPress 2009 – regroupant les clichés de presse lauréats d’un concours. Les murs de plusieurs salles sont couverts de photos qui nous rappellent que bien des choses vont mal dans notre monde (conflit dans d’ex républiques soviétiques, épidémies en Afrique, catastrophes naturelles en Asie, sans oublier la crise économique qui a fait de nombreuses victimes aux Etats Unis - alors qu’on vient d’annoncer que les grands groupes bancaires ont fait plusieurs milliards de dollars ces derniers mois …écoeurant ! Tout cela nous fait réaliser que ce n’est pas malheureusement pas demain que nous serons à cour de boulot…tiens le boulot d’ailleurs il est bientôt temps pour nous de penser à nous y remettre…

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C’est un peu par hasard que nous nous sommes retrouvés au musée d’art contemporain, dont la petite collection privée ne saura émouvoir les amateurs, mais qui a l’avantage d’être situé dans une des 4 dernières demeures existantes, datant du XIXème siècle. Le bâtiment est fort bien restauré, notamment l’escalier central et la verrière réalisée par Gustave Eiffel en personne !

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La Plaza Murillo – du nom d’un des chefs de la révolution de juillet 1809 qui fut pendu à un des lampadaires de la place – vaut également le détour avec l’imposante cathédrale d’un côté et le palais présidentiel de l’autre.

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Un peu plus loin on peut admirer ce qui est sans nul doute la plus belle rue de La Paz. La calle Jaen est bordée de riches demeures coloniales admirablement restaurées et entretenues. Plusieurs d’entre elles sont désormais occupées par de petits musées qui nous rappellent la richesse et la grandeur passées du pays. Ainsi le musée des métaux précieux présentent des œuvres en cuivre, argent et or ; les vitrines emplies de superbes parures me font penser au dessin animé de mon enfance Les cités d’or…. A côté, le minuscule musée du littoral nous rappelle que la Bolivie possédait jadis un accès à la mer. En effet lors de son indépendance (1825) la Bolivie possédait un territoire de plus de 2 millions de km² mais ses voisins ont très vite entrepris de le rogner. La Bolivie a ainsi perdu sa façade maritime dans la guerre du Pacifique qui l’opposa au Chili. Le Brésil s’empara quant à lui d’une bonne partie du bassin amazonien bolivien, riche en hévéas producteurs de caoutchouc. L’Argentine annexa également deux territoires d’une superficie totale de 165 000 km², et le Paraguay entra en conflit à son tour et remporta l’essentiel des terres du sud est, riches en ressources pétrolières. Le Pérou eut également sa part du gâteau. En conclusion, en 1935, soit un siècle à peine après son indépendance la Bolivie avait perdu plus de la moitié de son territoire (elle couvre tout de même encore près de 1 100 000 km², soit deux fois la France…).

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L’endroit le plus curieux de La Paz est sans conteste le Mercado de Hechiceria (marché des sorcières) qui s’étend le long des deux principales rues touristiques. A première vue on ne remarque rien de particulier, si ce n’est les éternels stands où sont alignés les bibelots en attente de l’intérêt des voyageurs en quête de souvenirs. Mais à y regarder de plus près, il ne s’agit plus de bijoux en argent et pierres semi précieuses, ou bonnets en laine multicolores. A côté des plantes, bougies, encens et autres remèdes traditionnels, se trouvent des ingrédients plus étranges, destinés à attirer ou repousser les esprits qui peuplent l’univers aymara. De simples statuettes zoomorphes peuvent faire l’affaire (le condor pour un voyage sans encombre, le hibou pour la réussite d’études, le crapaud pour la prospérité, etc…) mais sachez que les becs de toucan séché et les fœtus de lama n’ont pas leur pareil pour protéger des mauvais esprits et porter chance lors de la construction d’une maison.

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De nos jours lorsqu’on évoque la Bolivie, deux mots viennent immédiatement à l’esprit : la coca et Evo (Morales). Tous deux font partie intégrante de la vie quotidienne des Boliviens et il est donc essentiel de vous en toucher un mot.

Je commence par Evo Morales, qui en décembre 2005 crée la sensation en devenant le premier Indien à accéder à la présidence de la Bolivie. Sensation d’autant plus forte que le principal cheval de bataille d’Evo, c’est la production de la feuille de coca. Evo Morales s’oppose donc farouchement au Plan Dignidad, programme d’éradication de la feuille de coca mené par les Etats Unis afin de lutter contre la production de cocaïne. Dénonçant sans cesse les ingérences étrangères dans les affaites boliviennes et le néolibéralisme, Evo trouve des alliés de taille en les personnes d’Hugo Chavez et Fidel Castro. Son accoutrement des plus simples, son amour du football et les efforts déployés pour conserver le contrôle des ressources nationales lui assurent le soutien infaillible des indigènes, mais son ambition de donner plus de pouvoir à la majorité indienne ne fait pas que des heureux, notamment dans les riches provinces de l’Est du pays, et certains sociologues annoncent déjà une nouvelle révolution culturelle….

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La feuille de coca est indissociable de la vie quotidienne des Boliviens. Une étude récente a montré que dans l’altiplano bolivien 92% des hommes et 89% des femmes mâchent chaque jour la feuille de coca. Les feuilles sont également utilisées dans des offrandes afin d’assurer une bonne récolte (aux champs ou à la mine). Les Indiens mâchent habituellement 30 à 35 feuilles à la fois. Les feuilles sont placées l’une après l’autre entre les gencives et la joue pour les faire ramollir. Un autre ingrédient, la legia alcaloïde composée de bicarbonate de soude et pomme de terre est également absorbée afin d’extraire la substance recherchée de la feuille. On ne mâche qu’une fois suffisamment de feuilles placées dans la bouche. Le jus amer extrait est avalé ; la coca ne provoque pas d’effets majeurs : la bouche et la gorge sont légèrement insensibilisés, on note également un léger détachement, parfois une certaine mélancolie et un air satisfait. , mais rien de plus.

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A l’excellent musée de la coca de La Paz, on apprend que les Incas utilisaient la coca dès le 13ème siècle après JC, à des fins médicales. Ils savaient en extraire une huile essentielle qu’ils utilisaient en tant qu’anesthésiant local lors d’interventions telles les trépanations. En 1551, le 1er conseil ecclésiastique de Lima décréta que la feuille de coca était un ingrédient diabolique, et en interdit l’usage, mais il fit marche arrière quelques années plus tard, après avoir constaté que les esclaves et travailleurs qui mâchaient la coca fournissaient un meilleur rendement.

A titre d’anecdote, le musée nous apprend également que Sigmund Freud fut l’un des premiers cocaïnomanes au monde. Son addiction pour la poudre blanche lui valu d’ailleurs un cancer du nez…

En 1950, l’étude du banquier américain Fonda affirme que la coca produit un retardement mental chez les populations qui l’utilisent, et qu’elle est donc la principale cause de pauvreté en Amérique Latine. Quelques années plus tard les Nations Unies se basent sur ce rapport pour lancer la campagne d’éradication de la feuille de coca et en interdire la culture.

Alors, devons-nous bannir la feuille de coca de la surface de la planète ?

Nous nous devons de rétablir certaines vérités : il faut bien différencier la feuille de coca de la cocaïne, obtenue après un procédé de transformation relativement complexe (séchées, trempées dans du kérosène, puis réduites en pâte, les feuilles sont traitées à l’acide chlorhydrique et sulfurique jusqu’à former une base brune et malodorante. Un dernier traitement avec d’autres produits chimiques permet d’obtenir la fameuse poudre blanche. Coût de production locale pour 1kg de cocaïne pure = 3500USD, pour un prix de vente au moins 10 fois plus élevé.) Il a été prouvé que la consommation de feuilles de coca améliore la tolérance à des travaux pénibles, stimule les centres respiratoires, et régule le métabolisme du glucose (?). En résumé, mâcher des feuilles de coca n’augmente pas la capacité de travail des ouvriers, mais plutôt augmente leur capacité à supporter la pénibilité des tâches effectuées. La coca est également présentée comme un adaptateur naturel aux conditions difficiles d’altitude, c’est pourquoi nombreux sont les touristes qui se promènent avec leur sachet de feuilles de coca, ou qui commande un maté (thé) de coca à la place de leur expresso.

La dépendance développée par les cocaïnomanes est due au fait que la dose délivrée dans le sang (ou l’organisme par inhalation) est importante, concentrée, et injectée rapidement. La réaction alors créée serait comparable à un ‘orgasme’ chimique, ce qui expliquerait en partie l’envie de renouveler l’expérience. Cette réaction n’existe pas lorsqu’on mâche des feuilles de coca car les quantités sont bien moindres et l’effet est diffus dans le temps (il met environ 45 minutes à se faire ressentir).

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Aucune comparaison donc entre les paysans et mineurs boliviens qui mâchent quelques feuilles de coca pour rendre leur travail moins pénible, et les accros à la cocaïne, qui se trouvent essentiellement aux Etats Unis (5% de la population mondiale, mais 50% des consommateurs de cocaïne….) Pourtant ce sont les premiers qui subissent les effets de lois de plus en plus strictes (depuis 2004, une nouvelle loi autorise les familles boliviennes à cultiver une parcelle de 12m² de feuilles de coca, pour un revenu de 100USD/mois) alors que d’autres bénéficient d’étranges dérogations. En effet, 36 pays/entités ont le droit de produire de la cocaïne pure, pour divers utilisations. Parmi eux, on apprend que la ‘Coca Cola World Company’ a l’autorisation de produire 500kg de cocaïne pure par an…

Je termine avec une dernière anecdote qui ravira mes compatriotes (cocorico !) : saviez-vous que la première boisson à base de coca (l’ancêtre du Coca Cola donc !) était française ? Il s’agissait du Vin Mariani (1863) qui reçut même une médaille du Pape Léon XIII.

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Alors voilà, sans prendre la défense d’Evo Morales et tous ces collègues cultivateurs de coca – j’ai goûté et je trouve ça franchement dégueulasse -, mais plutôt en pensant aux mineurs qui m’ont récemment fait partager un peu de leur enfer quotidien, je m’en vais de ce pas acheter mon T-shirt arborant une feuille de coca et le slogan « la feuille de coca n’est pas une drogue ».

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Toujours plus haut, toujours plus fort, toujours plus loin…

Jeudi 15 octobre 2009

18-20/09/2009

La Paz et ses environs sont un terrain de jeu inégalé pour les amateurs d’aventure en plein air. L’activité sensationnelle la plus populaire est certainement la descente en VTT de la vertigineuse ‘route de la mort’ ; heures sur une pente étroite et sinueuse, en passant des cimes enneigées à la chaleur de la jungle. Mais Bibi n’est pas très ‘vélo’ ; il préfère garder les pieds sur la terre ferme et se renseigne pour les principaux treks réalisables aux alentours de la capitale. On nous parle beaucoup du Takesi qui emprunte un chemin précolombien et qui offre au randonneur de multiples changements d’environnements, mais je sens bien que mon Bibi est en quête de quelque chose d’exceptionnel, d’unique. Tout près de la La Paz se dresse le majestueux Huayna Potosi, un massif dont le sommet atteint 6088 mètres. Il parait que c’est un des ‘6000’ les plus faciles à grimper ; pas besoin d’avoir une grande expérience de la haute montagne, juste une forte motivation… Bibi a les yeux qui brillent à l’idée de se lancer dans ce défi. Paul, notre ami canadien est de la partie, ainsi que sa compagne brésilienne Maria. Nous passons plusieurs heures dans l’agence à suivre les explications des guides et essayer le matériel technique : combinaisons, bottes et crampons, piolets, casques, … Toute cette préparation est assez excitante, mais l’appréhension de l’inconnu se fait également ressentir.

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Et c’est parti pour trois jours d’efforts physiques intenses ! Nos deux guides nous installent dans un taxi qui nous emmène jusqu’au camp de base, situé à 4700 mètres d’altitude. La route poussiéreuse traverse une zone d’exploitation minière ; les paysages sont splendides. Des petits lacs aux couleurs sulfurées, dans lesquels se reflètent les pics enneigés.

lacs-sulfures

Plus loin le cimetière des mineurs improvisé en bord de route est particulièrement émouvant. Nous arrivons au refuge avant nos guides qui ont fait un détour par le marché pour acheter les vivres. D’autres groupes de randonneurs sont présents. C’est là que nous passerons la première nuit.

cimetiere-de-mineurs

Après un bon déjeuner, les guides nous distribuent notre matériel et nous partons pour quelques heures nous entraîner sur le glacier tout proche. Je n’ai fait de l’escalade qu’une seule fois, à Aix en Provence, et l’expérience ne s’était pas avérée très concluante. J’ai beau être assez souple, je ne me sens pas très à l’aise accrochée à une paroi, et encore moins lorsqu’il s’agit d’escalader un surplomb ou de descendre en rappel…je ne suis donc a priori pas très rassurée, mais la beauté de la cascade de glace au pied de laquelle je me trouve efface toute angoisse. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire je me retrouve piolet en main et harnachée, et je gravis sans encombre l’impressionnante tour de glace.

escalade-sur-glace

C’est éprouvant physiquement, mais que c’est beau ! Bibi, Paul et Maria – qui n’avait encore jamais vu de neige ! – viennent à bout à leur tour du mur de glace. Voilà pour l’entraînement ; demain, on passe aux choses sérieuses avec la montée au second camp situé à 5200 mètres.

bibi-sur-le-mur-de-glace

500 mètres de dénivelé, a priori, ce n’est pas sorcier, mais quand on se trouve à 5000 mètres d’altitude, qu’il ne s’agit que de gros cailloux à escalader, et qu’en plus on porte plus de 10kg d’équipement sur le dos, je vous assure qu’on n’en voit pas le bout et qu’on se décourage vite !

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Une fois arrivés à destination, on constate qu’on n’est pas les seuls à envisager l’ascension : le refuge est plein comme un œuf. Nous sommes au moins 25 à poser nos sacs de couchage sur la plateforme à l’étage et les guides vont devoir dormir dans la salle commune. Serrés comme des sardines, au moins on n’a pas froid, mais je ne peux fermer l’œil de la nuit tellement l’excitation est à son comble. Plusieurs randonneurs ont tenté d’atteindre le sommet en cours de journée mais ont du abandonné à mi chemin car la tempête se levait. Il a neigé toutel’après midi. Après une bonne soupe, on se couche vers 19 heures et les guides nous réveillent à une heure du matin afin de prendre le départ.

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Pas facile de se lever en plein milieu de la nuit ; on a les yeux plein de sommeil, il fait froid, il fait noir…certains aspirants alpinistes ont passé une très mauvaise nuit et leurs grognements nous font comprendre qu’ils ne seront pas du voyage car terrassés par le mal des montagnes, dommage pour eux, le fameux thé de coca n’a pas suffi pour faciliter l’acclimatation à l’altitude. Une fois le nez dehors, on n’a qu’une seule envie : retourner au chaud, car il neige encore. Nous formons des cordées de trois personnes et commençons l’ascension à la lumière de nos lampes frontales. La progression est lente car la couche de neige est épaisse et nos jambes sont lourdes. Chacun a sa technique pour mettre un pied devant l’autre sans trop penser au froid ou à la fatigue. Bibi chante dans sa tête ; moi, je compte les pas et concentre mon attention sur les pieds du guide qui se trouve devant moi. De temps en temps des éclairs fendent le ciel au loin ; la scène est splendide. Sur notre gauche on peut apercevoir les lumières de la ville de La Paz ; ça aussi c’est un beau spectacle. Une heure, deux heures de marche… on poursuit notre chemin, la neige se fait de plus en plus forte, elle nous fouette le visage. On ne peut pas trop s’arrêter sous peine de prendre froid. On essaie de garder le rythme par rapport à nos prédécesseurs, mais derrière nous, Paul et Maria ont ralenti le pas et on ne perçoit plus leurs lumières.

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Trois heures, quatre heures…on arrive à un passage technique où il nous faudra utiliser nos piolets. Le guide ouvre le chemin et je passe à mon tour. C’est maintenant à Bibi de franchir l’obstacle. Il se trouve en contrebas, entre deux crevasses. Il tente tant bien que mal de planter son piolet dans la neige, mais l’épaisse couche de poudreuse ne lui facilite pas la tâche. Ses pieds glissent, et son visage est balayé par la neige et le vent. Je vois bien qu’il s’énerve car il n’arrive pas à avancer ; il se fatigue vite et je l’entends pester et menacer de s’arrêter là pour redescendre. De mon côté je tire tant que je peux sur la corde et lui crie des encouragements. Il se tire finalement de cette mauvaise passe, et s’écroule à nos pieds pour reprendre son souffle. La fatigue commence à se faire sentir, mais notre guide nous annonce malheureusement que nous ne sommes qu’à la moitié du chemin. Il fait toujours aussi froid et les pauses de récupération se font rares et sont trop courtes à mon goût.

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Cinq heures, six heures…. On progresse péniblement et le sommet semble toujours aussi lointain. La neige ne s’est pas encore arrêtée de tomber et mes gants sont trempés. Ce matin, je n’ai pas oublié de prendre mes chaufferettes, ces sachets remplis de poudre qui une fois au contact de l’air dégagent de la chaleur pendant plus de 7 heures. Pratique quand on a toujours froid aux mains comme moi ; il suffit d’en glisser dans les gants et le tour est joué. Malheureusement, l’effet de chaleur s’estompe et je commence à avoir froid. Autour de nous le jour se lève mais les premiers rayons de soleil ne sont pas encore au programme. Le moral commence à défaillir ; le moindre pas demande un effort considérable. Cela fait maintenant presque 7 heures que l’on marche comme des robots, et notre guide nous annonce qu’on a atteint les 6000 mètres d’altitude.

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Le sommet est en vue, là juste au-dessus de nous, à moins de 100 mètres. Mais il nous faudra encore plus d’une heure pour y arriver, et nous avons les mains et les pieds gelés. Après plusieurs tentatives de reprendre la marche, on décide finalement d’arrêter là. S’il n’y avait pas eu toute cette neige, ou si le soleil était sorti un peu plus tôt, on y serait peut être arrivé, mais là vraiment ça semble insurmontable. Bibi enlève ses gants histoire de prendre une photo pour immortaliser l’instant. Il faut dire que le paysage est féérique. On plane au-dessus d’une mer de nuages.

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Difficile de se résigner à entamer la descente. On est tout de même un peu déçu, mais après tout 6000 mètres c’est déjà un bel exploit. La descente dure 2 heures et demi. La neige s’arrête de tomber, et le soleil brille de tous ses feux ; c’est très agréable (si seulement on avait bénéficié de ces conditions un peu plus tôt….).

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Je suis impressionnée par la distance et le dénivelé qu’on a parcouru dans l’obscurité. Le chemin semble interminable, et mes genoux me font bien comprendre qu’ils en ont assez. Les pauvres, ils ne sont pas au bout de leur peine, car on doit redescendre jusqu’au camp de base ! Paul et Maria sont redescendus un peu plus tôt que nous, eux aussi victimes du froid glacial qui régnait sur les pentes. Il me faut bien 30 minutes pour récupérer de mes efforts de ce matin, mais pas le temps de trop se relaxer car nous devons remballer nos affaires et poursuivre la descente.

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C’est ainsi que se termine le récit de cette incroyable aventure qui nous a menés si haut qu’on a presque pu toucher les étoiles. Et dire que je rêvais de faire le Mont Blanc….

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Sweet Sucre

Jeudi 15 octobre 2009

02-14/09/2009

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C’est à Sucre, berceau de la nation bolivienne et aujourd’hui encore capitale constitutionnelle du pays que nous déposons nos sacs de voyage pour une douzaine de jours afin d’apprendre quelques rudiments de la langue espagnole. Nous avons été bien inspirés car celle que l’on surnomme la ville blanche nous réserve de bien belles surprises. Qu’il est bon de lézarder au soleil sur la place centrale, et de parcourir les rues du centre ville, bordées de superbes bâtiments chaulés.

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Notre emploi du temps est assez répétitif durant ce court séjour, mais cette nouvelle routine n’est pas pour nous déplaire, et nous permet de prendre un bon repos avant d’attaquer les grandes aventures de plein air qui nous attendent dans la cordillère. Chaque matin nous retrouvons notre charmante professeure pour quatre heures d’études plus ou moins intenses (pauses café et clopes obligent), puis petit en cas sur la place centrale, avant de rentrer à l’hôtel pour le repos du guerrier bien mérité. Le soir est réservé aux plaisirs des papilles, car Sucre – bien que le nom n’ait rien à voir avec le domaine de l’agroalimentaire – propose de bien belles tables.

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Nous prenons tout de même la peine de visiter quelques uns des fleurons de l’Histoire et de la culture bolivienne. A commencer par la Casa de la Libertad , où fut signée la déclaration de l’Indépendance le 06 août 1825. C’est l’occasion pour nous de découvrir certains des héros et libérateurs de l’Amérique du Sud, notamment le maréchal Antonio José de Sucre – et oui, le nom de la ville, c’est lui – et surtout le fameux Simon Bolivar – qui quant à lui à eu carrément droit au nom du pays ! Je ne vais pas vous faire sa biographie complète, mais sachez que Simon Bolivar est né à Caracas en 1783 ; il a effectué une partie de ses études en France et Espagne où les œuvres de Voltaire et Rousseau ne l’ont pas laissé indifférent. Plus tard, il se rendit aux Etats Unis et rentra à Caracas la tête plein de théories révolutionnaires, militant sans relâche pour l’Indépendance. La carrière militaire de Bolivar démarra au sein du mouvement indépendantiste vénézuélien, dont il prit le commandement. Les batailles se succédèrent à un rythme fou jusqu’en 1824, avec pas moins de 35 victoires pour les indépendantistes  dont la bataille de Boyaca (7/08/1819) qui apporta l’indépendance à la Colombie, la bataille de Carabobo (juin 1821) qui libéra le Vénézuela, et la bataille de Pichincha (mai 1822) qui consacra la libération de l’Equateur. Le Pérou était libéré fin 1824, et le 06 août 1825, la Bolivie déclarait son indépendance à l’égard du Pérou. Rêvant d’une Gran Colombia, Bolivar tenta d’instaurer une dictature et perdit progressivement sa gloire et son charisme. Il mourut de la tuberculose seul et totalement démuni en décembre 1830, mais est redevenu aujourd’hui le plus grand symbole de la liberté sud américaine.

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La ville comporte également de très beaux édifices religieux. La cathédrale renferme la chapelle de la Vierge de Guadalupe. La peinture représentant la vierge a été couverte d’or et d’argent, et ornée de robes incrustées de diamants et autres pierres précieuses dont la valeur est estimée à plusieurs millions de dollars. Un peu plus loin, l’Eglise de la Merced expose un autel de style baroque entièrement incrusté d’or. Que de richesses dans ces maisons de Dieu, c’est époustouflant !

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Le week-end, les agences de tourisme proposent une sortie populaire au marché dominical du petit village indien de Tarabuco. Les textiles produits dans la région comptent parmi les plus renommés du pays, et attirent de nombreux touristes. Les articles colorés disposés sur des stands tout autour de la place du village et dans les rues adjacentes donnent au village une ambiance festive particulièrement photogénique. On en profite pour faire de bonnes affaires !

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Enfin, dernière belle surprise de notre séjour à Sucre : le festival de la Vierge de Guadalupe, soit 3 jours non-stop de parades et danses. Encore une belle opportunité d’emmagasiner des souvenirs particulièrement colorés.

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Bon je retourne à mes leçons… hasta luego !

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Dans l’enfer des mines de Potosi

Samedi 10 octobre 2009

30/08-02/09/2009

Difficile à croire, mais le trajet en bus d’Uyuni à Potosi est bien plus éprouvant que les trois jours de 4×4 dans le Sud Lipez. La route (qui n’en est pas vraiment une) est assez mauvaise, sinueuse, et surtout très poussiéreuse. Nous ne sommes pas déçus d’arriver après six heures d’inconfort et forte chaleur. Dès la descente de bus nous sommes surpris par l’importance de la foule dans les rues ; on ne tarde pas à comprendre que nous arrivons en plein festival folklorique. La parade semble interminable ; les fanfares et troupes traditionnelles se suivent et se ressemblent. Les hommes portent d’épais costumes de velours et d’énormes rangées de grelots ornent leurs bottes. Les jeunes femmes sont quant à elles relativement peu vêtues (cela vous étonne ?). Leurs tenues me font davantage penser à l’accoutrement traditionnel des Autrichiennes qu’à des habits typiques de la région des Andes….corsets à lacets, décolleté profond et mini jupe à froufrous laissant apparaître le haut des cuisses (ce qui n’est pas pour déplaire à ces messieurs) ;-)

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On resterait bien à regarder les danseurs défiler, mais nos sacs sont assez encombrants et à vrai dire on a surtout envie de se poser et de trouver un endroit sympa pour manger. Le centre ville n’est pas loin, mais la déclivité des rues ne facilite pas notre progression, surtout à une telle altitude. Ah oui, j’ai oublié de mentionner que la ville de Potosi se trouve à 4060 mètres au dessus du niveau de la mer.

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Mais la principale attraction touristique de Potosi reste la visite des mines d’argent et zinc qui constituent encore l’aujourd’hui l’enfer quotidien de plusieurs centaines de mineurs. Les témoignages sont unanimes : les conditions de travail des mineurs sont extrêmement difficiles et l’expérience est inoubliable, voire traumatisante. Pas très rassurant, surtout pour moi qui ne suis pas vraiment à l’aise à l’idée de descendre à plusieurs dizaines de mètres sous terre, dans d’étroits tunnels obscurs et sous une chaleur étouffante. Mais la curiosité est la plus forte et me voilà embarquée dans un tour organisé qui va durer toute l’après midi et qui restera longtemps gravé dans ma mémoire. La visite commence avec l’arrêt au local des mineurs où on nous remet nos uniformes : pantalon et veste bien trop grands et déjà largement élimés, bottes en caoutchouc, et casque affublé d’une grosse lampe frontale.

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On passe ensuite au marché des mineurs où nous faisons nos provisions de ‘cadeaux’ pour les mineurs que nous rencontrerons dans la mine : feuilles de coca (oui oui, celles là mêmes dont on extrait la cocaïne – un article spécifique suivra sur ce thème – les mineurs les mastiquent pendant des heures ; les substances libérées les rendent plus résistants face à la pénibilité de leur travail), bâtons de dynamite, et assez étonnamment cigarettes et alcool (pas très recommandé pour ce genre de travail, non ?!).

Avant d’arriver sur le site nous effectuons un arrêt supplémentaire, dans une des petites entreprises qui réceptionnent et traitent les minerais ramenés de la mine. Les roches sont broyées, puis subissent plusieurs ‘traitements’ mécaniques et chimiques afin d’en extraire les poudres d’argent ou de zinc qui sont ensuite directement exportés vers l’Europe ou d’autres destinations pour y être transformées en produit fini.

La colline (cerro rico qui signifie ‘montagne riche’) qui domine la ville de Potosi est en fait divisée en plus de 20 coopératives minières, essentiellement des exploitations familiales indépendantes les unes des autres. L’entrée du site que nous allons visiter ne paie pas de mine (c’est le cas de le dire….). Quelques cabanons où sont stockés des outils et du matériel visiblement usagés, des rails, des chariots en attente de réparation, et à flanc de colline un tunnel soutenu par des poutres en bois qui n’ont pas l’air très solides. Plus loin, c’est le noir total. J’ai le cœur qui bat la chamade, mais c’est trop tard pour se défiler.

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Notre guide – un jeune mineur – nous explique notre parcours, qui devrait nous mener jusqu’au 4ème étage, à plus de 80 mètres de profondeur. Le second niveau est celui qui est le plus difficile à franchir, car particulièrement étroit ; si j’ai bien compris, il va falloir se mettre à 4 pattes sur une dizaine de mètres. Qu’est ce que je suis venue faire dans cette galère ?!

Nous passons le premier niveau sans trop de difficulté. Nous avançons pliés en deux étant donné la bassesse de plafond, et il n’est pas rare qu’on se cogne la tête (enfin le casque) contre les poutres de bois qui sont à moitié effondrées, mais l’air est encore respirable et la température agréable. Ça ne va malheureusement pas durer… après une courte pause notre guide nous annonce le passage du second niveau dans des boyaux peu confortables. C’est un sacré euphémisme ! En moins de temps qu’il ne faut pour le dire je me retrouve sur les genoux. Non seulement le tunnel est très étroit mais en plus il descend fortement. Finalement je décide que j’avancerais mieux en me laissant glisser sur les fesses. Mon niveau de stress a probablement atteint son comble, mais vu les conditions et le nombre de personnes qui se trouvent derrière moi, impossible de faire demi-tour. Pour éviter de paniquer, je parle ; je dis pas mal de gros mots (oups….) et je n’arrête pas de demander à ceux qui me précèdent s’ils voient le bout de cet enfer. Au troisième niveau on respire à nouveau (ou plutôt on retrouve un peu d’espace) mais il fait sacrément chaud. Enfin au dernier niveau, on peut observer les tunnels qui sont actuellement en travaux ; nous ne rencontrons malheureusement aucun mineur car c’est lendemain et veille de fête, donc pas de travail (c’est sûrement mieux comme ça étant donné leur taux d’alcoolémie en l’occurrence). Avant de sortir de la mine, nous faisons un détour par son ‘musée’ (oui, oui un musée dans la mine). Il s’agit en fait de la pièce où se trouve El Tio, le dieu protecteur des mineurs. La coopérative a rajouté quelques objets caractéristiques ainsi que des panneaux contenant d’intéressantes informations sur l’évolution du travail. Nous apprenons ainsi que des esclaves africains ont été amenés jusqu’à Potosi afin de renforcer la main d’œuvre minière. Malheureusement les conditions ne convenaient pas aux captifs et ils ont finalement été transférés dans une autre région du pays afin de travailler dans les champs, tâche pour laquelle ils se montrèrent bien plus productifs.

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Une fois dehors, l’action continue avec nos guides qui font exploser 2 bâtons de dynamites. Certains de nos amis qui ont effectué la visite le lendemain ont eu la chance d’assister à des explosions à l’intérieur de la mine. Voir et sentir les tunnels trembler fut pour eux une expérience déroutante. Il faut dire que les coopératives ne semblent pas beaucoup communiquer les unes avec les autres, et on a un peu l’impression que les explosions ne sont pas du tout coordonnées. La colline ne serait donc qu’un dangereux gruyère…. Travail pénible et extrêmement risqué (environ 30 décès par coopérative chaque année), il ne fait pas bon être mineur à Potosi…

Un peu d’histoire maintenant (la ville vaut bien ça !). Potosí fut fondée au milieu du XVIème siècle pour exploiter la mine proche. Durant près de 60 ans, l’Europe va énormément s’enrichir grâce aux richesses accumulées par l’Etat espagnol : l’argent extrait de la montagne dans des quantités colossales (on dit que la quantité d’argent extraite des mines de Potosi aurait suffi à construire un pont au-dessus de l’ Atlantique pour relier Potosì à la péninsule ibérique) alimente les caisses de la couronne espagnole (qui finira pourtant ruinée quelques années plus tard…)au détriment de la production locale.

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La ville devient rapidement une des villes les plus riches et les plus peuplées du monde avec au moins 200 000 habitants. Cependant, des milliers, voire des millions d’Indiens réduits au travail forcé meurent à cause de problèmes respiratoires dus à la poussière dans les mines ou encore lorsqu’ils restent bloqués dans celles-ci après un éboulement.

La visite du palais de la monnaie (casa real de la moneda) s’avère très intéressante, même si l’on n’est pas expert en numismatique. On y apprend quelques anecdotes, comme le fait que du temps de son apogée, Potosi fabriquait les pièces de toutes les autres grandes puissances mondiales, alors qu’aujourd’hui tous les billets et pièces boliviennes proviennent de multiples pays proches ou éloignés (les billets sont imprimés en France parait-il…). Les pièces étaient chargées sur des galions en partance pour l’Europe. L’un d’eux – appelé Atosha - emportant un véritable trésor fit naufrage en 1622 et ce n’est qu’en 1985 que le magot fut retrouvé par Mel Fisher, un célèbre chasseur de trésor américain. Le butin est colossal : 40 tonnes d’argent et d’or, y compris 100 000 pièces d’argent espagnoles, des émeraudes et plus de 1000 barres d’argent pur. Notre sympathique guide rit jaune lorsqu’il nous apprit que la fondation Mel Fisher a récemment ‘généreusement’ offert 3 des pièces du trésor à la Casa Real de la Moneda de Potosi… La visite permet aussi d’observer le long processus pour frapper les pièces de monnaie, notamment les gigantesques presses installées sur 2 étages et actionnés par des mules pour affiner les plaques d’argent.

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Une simple balade dans la ville suffit à prendre conscience du riche passé de Potosi. Les riches façades agrémentées de balcons sculptés, les nombreuses églises et couvents, les maisons coloniales aux couleurs vives, font de Potosi la seconde plus belle ville du pays (numéro un à suivre dans le prochain article….)

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Hasta luego amigos !