novembre « 2009 « Rev’olution

Archive pour novembre 2009

Voyage au cœur de l’empire inca…

Mardi 17 novembre 2009

Cuzco fut la capitale de l’empire inca du XIème siècle jusqu’à 1533, date de l’invasion des Conquistadors qui détruisirent une grande partie de ville. La ville conserva son influence quelques temps encore, grâce notamment à son statut de carrefour sur l’axe économique transandin, mais son importance déclina rapidement par la suite, au profit d’Arequipa et Lima. La découverte du splendide site du Machu Picchu en 1911 réorienta les projecteurs vers elle et en fit la véritable capitale touristique du Pérou.

La ville propose un très beau mélange architectural, alliant vestiges de l’ère inca et imposantes constructions ordonnées par les conquistadors. Ces derniers se sont semble-t-il donné beaucoup de mal à tenter d’effacer les traces du passé. La très belle Plaza de Armas se dresse sur un ancien lieu cérémonial. L’endroit a été totalement modifié par les Espagnols qui édifièrent en lieu et place d’un palais inca une très belle cathédrale ainsi que des bâtiments en arcades de pierre. De nombreux autres églises et couvents de styles variés sont visibles dans le quartier central.

sur-la-plaza-de-armas-cuzco

Un peu plus loin sur les hauteurs on découvre le quartier de San Blas, un des plus pittoresques de la ville avec ses nombreuses maisons coloniales aux murs blancs et fenêtres bleues. C’est également un lieu prisé des artisans ; il est donc très agréable de parcourir ses rues étroites et pentues.

maison-coloniale-cuzco

La plupart des complexes de ruines se situent à quelques kilomètres à l’extérieur de la ville, mais certains murs de l’ancien palais inca demeurent quasiment intacts et témoignent du remarquable talent que les autochtones avaient pour la construction de ces énormes parois de pierre : sans mortier et avec un ajustement parfait des pierres. Dans un petit passage réservé aux piétons, la pierre aux 12 angles est devenue célèbre auprès des touristes.

mur-inca-cuzco

Je suis certaine que la ville de Cuzco avait encore des dizaines d’autres sites digne d’intérêt à nous proposer mais il faut reconnaître que nous étions essentiellement absorbés par l’organisation (quelque peu complexe) de la visite du Machu Picchu (à tel point que nous avons failli abandonner l’idée d’y mettre un jour les pieds….si…si).

Je m’explique : le Machu Picchu s’élève au-dessus de la petite ville d’Agua Calientes dans laquelle les touristes se rendent généralement en prenant bus et train. Un billet aller-retour revient à environ 100 USD par personne ; à cela il convient bien sûr d’ajouter le prix d’entrer du site, soit 40 USD. Et je vous fais grâce du prix de la nuit d’hôtel à Agua Calientes….bref, pas besoin d’être un génie en maths pour comprendre que cette excursion ne colle pas du tout avec notre budget de 50-60 euro par jour pour nous deux… nous faut-il donc renoncer à visiter un des lieux qui hantent mes rêves depuis de longues années ??? et bien non, car après quelques recherches nous réalisons qu’il existe différentes façons de rejoindre le Machu Picchu. Sportifs et aventuriers dans l’âme, nous optons pour un trek de 5 jours autour du pic du Salkantay. Au programme donc, 4 jours de marche (intense) pour terminer en beauté par la citadelle inca. Cela peut paraître incroyable mais oui, 5 jours de marche avec guide, nuits sous tente, mules pour porter les sacs, 3 repas par jour, frais d’admission sur le site et retour en train/bus, cela nous revient bien moins cher ! Pas besoin de réfléchir très longtemps, on signe illico presto et nous voilà embarqués dans une mémorable aventure de plein air.

petite-pause-au-soleil

Je me suis pas mal renseignée par internet sur ce genre d’excursions et ce que j’y ai trouvé n’était pas très rassurant. Beaucoup d’arnaques et donc beaucoup de plaintes de la part des touristes. Certains récits virent même au cauchemar avec des lacunes inacceptables de la part des agences organisatrices (style pas assez de tentes ou sacs de couchage pour tout le monde, pas assez de nourriture, pas de ticket de train pour rentrer, etc, etc….). Dans le bus qui nous amène au point de départ de cette longue randonnée, on espère en silence que les galères se feront discrètes au cours des prochains jours.

Ça commence pourtant plutôt mal lorsque, sortis du bus, on se rend compte qu’on fait partie d’un groupe de 19 personnes, alors qu’à l’agence on nous avait assurés (idem pour les autres) qu’on ne serait pas plus de 10 personnes. Ce n’est pas bien grave et après tout plus on est de fous, plus on rit, mais je ne peux m’empêcher de me demander s’il va falloir se battre pour avoir une tente ce soir….

salkantay-jour-1

Le trajet est plus long que ce qu’on s’imaginait et ce n’est qu’après plus de 7 heures de marche qu’on atteint le camp où nous passerons la nuit. Les deux jeunes guides ont bien du mal à s’adapter aux différents rythmes des marcheurs et les plus lents sont presque abandonnés en queue de peloton.

Les repas sont bons et en quantité suffisante et les tentes en bon état. Ouf ! et d’ailleurs autant rompre le suspens tout de suite, nous ne connaîtrons pas de galère d’ici la fin du trek (tant mieux !). On peut donc pleinement profiter de ces quelques jours de marche dans un cadre naturel absolument magnifique.

mule

Le second jour fut particulièrement éprouvant physiquement, mais si les muscles des membres inférieurs ont souffert, ceux des yeux se sont régalés et ne savaient plus où donner de la tête. La matinée, nous n’avons fait que grimper des pentes très raides pour atteindre le point culminant de notre trek, à 4600 mètres, avec un panorama époustouflant sur le Salkantay (6271m). L’après midi commençait la descente vertigineuse vers la vallée sacrée (qui allait durer deux jours encore). Nous quittons les pentes enneigées pour pénétrer progressivement dans une végétation de type tropical, c’est très chouette ! Nous passons la seconde nuit dans un charmant petit campement situé à flanc de falaise avec vue sur la vallée au-dessous de nous, c’est magique !

jour-2-au-sommet

Le lendemain, on rechausse nos chaussures de marche pour poursuivre la descente dans le fond de la vallée. On termine la journée relativement épuisés dans la petite bourgade de Santa Teresa, qui ne présente absolument aucun intérêt si ce n’est les sources thermales situées à quelques kilomètres de là, et qui sont une vraie bénédiction pour nos muscles endoloris.

salkantay-jour-3

4ème et avant dernier jour : on longe quelques heures durant la rivière Urubamba sur un sentier très poussiéreux, avant de rejoindre une centrale hydroélectrique où nous nous arrêtons pour le déjeuner. Là, un malheureux survient qui met un coup au moral de certains d’entre nous. Alors que nous attendions sagement nos assiettes de soupe, Carlos, un brésilien costaud a entrepris pour s’amuser de faire des bras de fer avec les autres gros bras du groupe. Après s’être mesuré à un des deux guides, il défie Garry, un anglais très sympa (et apparemment moins baraqué que lui) à ce jeu. Je ne les voyais pas de là où je me tenais, mais j’ai entendu le bruit…un bruit sec, très fort. Et puis j’ai vu une des filles du groupe arriver près de moi, le visage très pâle. Elle me demande : « tu as vu ce qui s’est passé ? – Non, quoi ? – il lui a cassé le bras….Garry a cassé le bras de Carlos ! ». quand j’écrivais plus haut que nous n’avons pas eu de galère pendant le trek, je voulais dire, nous, Bibi et moi…pas les guides, parce que se retrouver au milieu de nulle part, avec un touriste qui vient de se casser le bras, ce n’est pas très cool. Heureusement pour Carlos, le chantier en cours dans la centrale hydro électrique fait qu’il y a de nombreux ouvriers et baraquements. Bibi a la présence d’esprit de faire remarquer qu’il y a sûrement un médecin sur le site. Il avait raison. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Carlos reçoit une bonne dose de morphine et est envoyé en taxi vers Agua Calientes d’où il prendra le train pour rentrer à Cuzco. Pas de chance pour lui et ses deux amis qui ne verront pas le Machu Picchu ce coup-ci…

salkantay-jour-4

Après toutes ces émotions, nous reprenons notre route. Nous longeons pendant plusieurs heures la voie ferrée (en fait on marche carrément dessus et ce n’est pas marrant du tout). On arrive enfin dans la charmante petite ville d’Agua Calientes en fin d’après midi où un bon repas chaud nous attend. Pas trop le temps de faire la fête ce soir car demain matin il faut se lever tôt pour monter jusqu’à l’entrée du site.

brume-machu-picchu

Nous démarrons à 4h30, à grand renfort de lampes frontales et ponchos, car évidemment il fait noir et il pleut. Nous grimpons pendant une bonne heure et arrivons devant les guichets un peu avant l’ouverture. Nous ne sommes pas les premiers. En fait il y les ruines à visiter, mais on peut également monter au sommet d’un gros rocher qu’on voit sur toutes les photos et qui se trouvent à l’arrière du site. Il s’agit du Huayna Picchu, mais seuls les 200 ou 300 premiers visiteurs reçoivent un droit d’admission à ce site. Pour l’instant il pleut toujours et on ne voit pas grand-chose ; on ne voit pas trop l’intérêt de se taper encore une heure de grimpette pour nous retrouver dans le brouillard… on espère que le temps va s’améliorer, mais malheureusement ce n’est pas le cas.

vue-densemble

Nous participons à une visite guidée plus que médiocre qui était également incluse dans notre ‘package’, et durant laquelle nous n’apprenons rien de particulier sur l’histoire du site. La balade au milieu des ruines est tout de même très chouette. Je regrette un peu de ne pas m’être davantage documentée sur la civilisation inca pour mieux comprendre l’importance et la signification de ce fabuleux site.

detail

detail-fenetre

Entouka, ce qui fait la vraie beauté du Machu Picchu, ce sont surtout les montagnes environnantes, et cela on peut en profiter, malgré la brume qui s’incruste. En fin de matinée les nuages se dispersent et un rayon de soleil traverse le site ; c’est vraiment superbe, mais malheureusement l’éclaircie ne dure pas. Cela fait longtemps que nous sommes là, il fait froid et humide, et les snacks sont hors de prix. On décide donc de redescendre à Agua Calientes et d’y attendre le train.

ciel-un-peu-plus-degage

Voilà, nous pouvons désormais cocher la case ‘Machu Picchu’ sur notre carnet de route. Je suis contente d’y être allée mais je ne crois pas y retourner un jour. Nous sommes surtout vraiment satisfaits d’avoir opté pour le trek, ce qui nous a permis d’admirer une fois de plus les merveilles de la Nature. Ce n’est d’ailleurs que récemment que j’ai réalisé que le trek du Salkantay avait été classé parmi les 25 plus beaux treks au monde par le National Geographic Travel Magazine ; un choix auquel nous ne pouvons qu’adhérer !!

salkantay-trek-jour-1

Le cañon del Colca, dernier refuge du condor des Andes

Jeudi 12 novembre 2009

Lors de notre passage à l’agence de voyage pour organiser ce trek de 3 jours nous avons eu le choix entre deux circuits : l’un avec une moyenne de 3 heures de marche par jour (le plus populaire) et l’autre 5 heures. Pas peu fiers de notre récent exploit, et également parce qu’on ne peut rien faire comme tout le monde, nous optons pour le parcours sportif…on avait cependant négligé le fait que qui dit ‘cañon’ dit forcément fortes pentes, et peu, voire pas du tout, de terrain plat…

La route entre Arequipa et le point de départ de la randonnée est longue mais offre de très beaux paysages. De part et d’autre du canyon se déroule la vallée de colca dont les pentes les moins raides sont habitées par des descendants de peuples pré-inca qui perpétuent la tradition des cultures en terrasses. Le nom de la région date également de cette époque, le terme ‘colca’ faisant référence aux petits trous que l’on peut voir dans les parois rocheuses, et qui servaient à stocker les récoltes, ou encore à abriter les dépouilles des personnages importants.

terrasses2

En cours de route nous nous arrêtons pour admirer la plus fameuse des attractions régionales : le vol des condors des Andes. Ces géants des airs utilisent les aspérités des falaises pour nicher en sécurité, tandis que les courants ascendants leur permettent de planer gracieusement en quête de nourriture. On ne se lasse pas de les voir passer à quelques mètres au-dessus de nos têtes.

condor

Nous arrivons ensuite au paisible petit village de Cabanaconde. Rien à signaler de ce côté-là si ce n’est quelques femmes en habit traditionnel particulièrement photogéniques. Un bon repas chaud dans le ventre et c’est parti pour 3 jours de marche…

habitante-de-cabanaconde

Jour 1 : ce n’est que de la descente pendant 5 heures. Les paysages sont superbes et retiennent toute notre attention mais c’est tout de même difficile pour les genoux ! Nous croisons quelques personnes qui font le chemin en sens inverse et qui nous font bien de la peine…la montée est rude ! Nos efforts sont cependant bien récompensés car nous arrivons en fin d’après midi dans un vrai petit coin de paradis complètement isolé du reste de la vallée. Une route est en construction, quel dommage ! Nous avions également une bonne raison de nous réjouir : la carte du site indiquait une source d’eau chaude. Il s’agit en fait davantage d’un minuscule bassin d’eau tiède, mais nos pauvres muscles s’en satisferont.

cest-raide

Jour 2 : impossible de descendre plus bas ; il faut donc remonter. En fait on ne fera que ça pendant toute la matinée. Comme nous avons démarré la journée relativement tard (8 heures), nous progressons en plein soleil. Le moral n’est pas au beau fixe par contre ! Après l’ascension de la troisième colline, on atteint enfin un petit passage à plat, et c’est avec un grand soulagement qu’on découvre en contre bas notre destination : l’Oasis.

fin-du-deuxieme-jour

Malheureusement ici c’est un peu comme dans les files d’attente d’Eurodisney : on croit être arrivé au bout car on aperçoit les quais d’embarquement mais finalement on fait encore plein de détours. Bref, ce n’est qu’après plus d’une heure de descente abrupte qu’on touche enfin au but. L’endroit, qui porte bien son nom est une vraie bénédiction. C’est un irréel îlot de verdure et fraîcheur au milieu de ces roches arides et hostiles. Nous y retrouvons tous les autres touristes sensés et raisonnables qui se prélassent déjà depuis quelques heures dans la piscine, une bière fraîche à la main.

oasis2

Jour 3 : c’est LE challenge du trek, l’angoisse de tous les randonneurs amateurs qui étaient déjà bien contents d’avoir descendu les pentes du cañon sans se casser les genoux. Et oui mais maintenant, les 1200 mètres de dénivelé, il faut les faire dans l’autre sens…

la-montee-du-3eme-jour1

On lève le camp à 5 heures du matin, un bon mate coca dans l’estomac. Pour le reste, c’est la même méthode que pour l’ascension du Huayna Potosi : on bloque le cerveau, on arrête de penser, et on se concentre sur le fait de mettre un pied devant l’autre, sans s’arrêter. Résultat : on arrive parmi les premiers au sommet (je ne compte pas les quelques blessés et nombreux ‘paresseux’ qui ont effectué la montée à dos de mules et sont donc arrivés un peu avant nous), juste à temps pour admirer le lever du soleil, superbe !!

veni-vidi-vici1

Un copieux petit déjeuner bien mérité nous attend à Cabanaconde, avant de reprendre la route pour Arequipa. Nous retraversons les paysages que nous avions tant aimés à l’aller, mais avec ce coup ci, en prime, un magnifique coucher de soleil.

On est crevé, on a mal aux pieds, mais ce trek nous a tout de même enchantés !

cheese

La belle Arequipa

Dimanche 8 novembre 2009

cathedrale

L’arrivée sur la ville ne paie pourtant pas de mine. Notre bus descend à travers des quartiers plutôt pauvres, et sans aucun intérêt. Ce ne sont que des alignements de petites maisons en terre et tôle, à perte de vue, et des rues poussiéreuses. Rien à voir avec le poster qui était affiché dans un des hôtels de La Paz et qui rappelait étrangement les Alpes suisses. Je m’imaginais bien que les vaches ne faisaient pas partie de la réalité, mais je m’attendais tout de même à un peu de verdure…. Le terminal de bus, situé à plusieurs kilomètres du centre ville ne parvient pas à dissiper notre inquiétude. Le taxi traverse encore quelques avenues qui manquent sérieusement d’animation, mais peu à peu l’atmosphère change ; les trottoirs se peuplent et les lumières brillent. Les bâtiments semblent soudainement prendre de l’ampleur ; un dernier virage et on débouche sur une place éblouissante. Face à nous se dresse une immense cathédrale éclairée de mille feux. Tout autour de longs bâtiments à arcades surmontées de balcons abritent d’élégants cafés/restaurants. Pour parfaire cette magnifique vision, plusieurs sommets de plus de 5000 mètres entourent la ville, dont notamment le volcan Misti. Ça y est, le charme opère ! Et c’est parti pour trois jours d’émerveillement continu.

arequipa-by-night

La légende dit qu’il y a bien longtemps de cela, lorsque la Lune s’est séparée de la Terre, elle a oublié d’emmener avec elle Arequipa. Cela fait sans aucun doute référence au fait que la plupart des bâtiments anciens de la ville ont été construit à base de sillar, une pierre volcanique de couleur très claire. C’est ainsi que beaucoup la surnomme la ville blanche.

facade-deglise-arequipa

Arequipa porte également le nom de’ la Rome sud américaine’ car elle compte de nombreuses églises et couvents. La population locale a toujours fait preuve d’une forte dévotion catholique suite à l’arrivée des Espagnols et à l’époque il était habituel qu’une fille de chaque famille devienne nonne.

interieur-deglise-arequipa

La principale attraction touristique de la ville est l’inoubliable Monastère de Santa Catalina. Occupant tout un bloc et protégé par un haut mur, le couvent est une vraie citadelle située en plein cœur de la ville. Je ne crois pas avoir visité beaucoup de couvents auparavant, mais la première impression que donne ce lieu est qu’il ne correspond pas du tout à l’idée qu’on se fait d’un cloître. A priori l’endroit devrait être essentiellement austère, minimaliste et sans aucune fantaisie, non ?. Et bien là, pas du tout ! Les murs sont colorés, les cellules spacieuses, lumineuses et très bien aménagées (on croirait lire une publicité pour un hôtel !).

monastere-santa-catalina

L’histoire de ce monastère est en effet très particulière. Il fut fondé en 1580 par une riche veuve qui avait décidé de vivre le restant de ses jours cloîtrée. Elle choisissait ses novices (futures nonnes) parmi les familles aisées de la région. L’entrée au couvent était en quelque sorte payante : les jeunes filles se présentaient avec leur trousseau et d’importantes dots. Leurs familles étaient également chargées de faire construire leur chambre. La spécificité de cette congrégation était que les nonnes pouvaient continuer à vivre selon les standards de leur origine. Chaque chambre disposait de sa propre cuisine, et les servantes de Dieu avaient le droit d’être accompagnées par une domestique. Cette ambiance hédoniste perdura pendant près de 3 siècles jusqu’à ce qu’une prieure dominicaine un peu plus stricte prenne possession des lieux et serre la vis.

cellule-monastere-santa-catalina

Bien que les règles de vie à l’intérieur du couvent puissent différer d’un établissement à l’autre, il y a un principe général qui était respecté partout : l’isolement total par rapport au reste de la ville. Les nonnes voyaient rarement leurs proches, et les visites avaient lieu dans des parloirs cloisonnés de telle façon qu’elles ne pouvaient voir leurs interlocuteurs. Les éventuels colis étaient passés à travers des sortes de passe-plats. Aujourd’hui encore cette discrétion est respectée, comme nous avons pu le constater dans le couvent Santa Theresa, où chaque jour à midi, les portes du cloître principal sont fermées au visiteurs afin qu’une des sœurs puisse aller sonner les cloches de l’Angelus sans être vue. De même, les nonnes assistent aux messes depuis une salle qui leur est strictement réservée et qui les séparent du reste des pratiquants par un grand panneau de bois. Une petite ouverture percée dans un coin vers laquelle le prêtre peut s’avancer leur permet de recevoir la communion.

cloitre

couvent-santa-teresa-arequipa

couvent-santa-teresa

Jamais 2 sans 3… nous avons également visité le très beau couvent de la Recoleta. Outre ses 4 petits cloîtres, le lieu abrite une étonnante bibliothèque qui contient plus de 20 000 volumes anciens.

bibliotheque-du-couvent-de-la-recoleta

eglise-de-la-recoleta-arequipa

Je m’arrête là avec mes histoires de bonnes sœurs ; Arequipa a d’autres trésors en réserve pour nous. Le plus surprenant se trouve au musée Santuarios Andinos. Dans une petite salle sombre et froide se tient ‘Juanita, la princesse de glace’, une jeune inca d’une douzaine d’années qui fut sacrifiée au sommet du mont Ampato (6288m) il y a plus de 500 ans. Pour le peuple inca, les montagnes étaient de violents dieux qui exprimaient leur colère en créant des avalanches et des éruptions voclaniques. Ils ne pouvaient être apaisés que par des sacrifices humains, le plus souvent des enfants car ils étaient considérés comme purs. 14 enfants sacrifiés ont ainsi été retrouvés sur les cimes enneigés à travers tout le Pérou. Juanita est très célèbre car elle est parfaitement conservée. En fait il ne s’agit pas d’une momie, mais d’un corps congelé. La petite fille avait certainement été choisie dès son plus jeune âge pour une telle destinée. Elle devait correspondre à certains critères. Pour les rites préparatifs elle a voyagé à Cusco accompagnée de personnages très importants. A Cusco, l’Inca en personne (seul l’empereur est normalement appelé ‘inca’) la reçut et lui transmis sa divinité. A partir de ce moment elle était prête pour le sacrifice. Les chercheurs pensent que Juanita a d’abord participé à un festin bien arrosé, avant qu’un coup fatal lui soit porté sur le devant du crâne.

juanita

Fatigués par toutes ces visites ? Que nenni ! Au contraire on en redemande, et c’est ainsi que nous profitons du temps qu’il nous reste pour visiter quelques anciennes demeures coloniales magnifiquement restaurées, dont les cours intérieures sont souvent un véritable enchantement.

demeure-coloniale-arequipa

cour-interieures-arequipa

Voilà pour la visite guidée non exhaustive de notre ville péruvienne coup de cœur, j’ai nommé Arequipa. Après les richesses culturelles de la région, passons maintenant aux merveilles naturelles avec un endroit unique au monde, le cañon del Colca.

plaza-de-armas-arequipa1