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Cordoba

03-06/11/2009

Le centre de l’Argentine, non en fait l’Argentine toute entière, sans voiture (moto, ou camping car –j’en profite pour faire une petite digression et annoncer non sans fierté que sur les 4 expéditions françaises en camping car que nous avons croisées récemment, 2 portaient une plaque immatriculée 67 ou 68 !! Casaniers, les Alsaciens ???), c’est un peu la galère… Les lignes de bus régulières connectent les principales villes et régions touristiques, mais bien souvent, les coins intéressants sont en dehors des agglomérations. On a donc 3 options : rester en ville (option qui n’en est pas vraiment une) ; dépendre des bus locaux dont les horaires sont rarement établis en faveur des touristes ; louer un véhicule…ah j’oubliais, cette option n’en est plus une non plus en ce qui nous concerne, depuis que nos permis de conduire ont été volés en Malaisie….donc, pour résumer ce sera le bus ou rien du tout.

La région centrale du pays est un parfait exemple du problème cité en introduction. La population se concentre dans les principaux centres urbains que sont Cordoba et Mendoza, deux villes certes agréables….mais très étendues ! Ici les distances en ville ne se comptent pas en ‘pâté de maisons’, mais bien en kilomètres. Pire, les auberges et hôtels ne sont pas regroupés dans un seul et même quartier, mais éparpillés de tous côtés. Ces caractéristiques rendent la recherche d’un hébergement vite épuisante et nous laissent souvent le moral au raz des pâquerettes. Je me souviens d’un Bibi particulièrement fatigué après une (courte) nuit en bus, qui une fois arrivé à Mendoza , et après une bonne heure de quête infructueuse me lançait : «j’en ai marre ; viens Nounoune, on retourne à la gare routière et on fout le camp d’ici ».

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Mais grâce à une patience et une détermination longuement rôdées dans divers pays africains, nous finissons toujours par trouver un endroit sympa où dormir. Et c’est là, affalés sur le canapé que nous réalisons que l’essentiel des choses à voir se trouvent à une distance de 20 à 60 km en dehors de la ville. Du coup, le choix des visites est vite fait car il ne dépend pas de nous, mais de la possibilité de nous rendre sur les lieux en utilisant des modes de transport rapides et bon marché.

C’est ainsi que nous découvrons un peu par hasard la charmante petite ville d’Alta Gracia, où nous passons une journée bien agréable, à visiter quelques jolis sites. Nous commençons avec une intéressante surprise : figurez-vous que c’est à Alta Gracia qu’Ernesto Guevara a passé la plus grande partie de son enfance ! Ah…le Che ! Difficile de voyager en Amérique Latine sans évoquer ce personnage qui a laissé son emprunte dans l’Histoire de bon nombre de pays. En fait, le jeune Ernesto souffrait d’asthme et le climat d’Alta Gracia lui était bénéfique. On peut aujourd’hui visiter une des maisons que la famille Guevara a occupées au cours des 11 années passées dans la région. le musée aborde différents aspects de la vie du Che, mais se concentre essentiellement sur son enfance et sa relation avec ses enfants. En voici quelques extraits : Ernesto a connu une enfance heureuse dans une famille relativement aisée (sorties à la piscine de l’hôtel de luxe de la ville, cuisinière à domicile…) ; il poursuit des études de médecine qu’il interrompt un temps afin de partir en voyage avec un ami (voyage dont sont issus ses fameux ‘diaries’). A son retour il obtient son diplôme de médecine avec brio (essentiellement pour faire plaisir à ses parents) mais sait au fond de lui-même que son aventure à travers le continent l’a profondément marqué et que son engagement au service de la société ira bien plus loin que la délivrance de soins médicaux. La pauvreté, l’oppression et l’injustice le révulsent et c’est tout naturellement qu’il devient révolutionnaire. Même une fois marié et devenu père, son combat ne cessera jamais ; loin des siens, il va là où la révolution l’appelle. Guatemala, Cuba, il tentera même une action sur le continent africain (au Congo Belge, mais en vain). La Bolivie sera son dernier combat ; il est fait prisonnier et exécuté le 9 octobre 1967 à Vallegrande, dans les plaines de l’Est.

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Non, nous n’avons pas succombé à la tentation et n’avons pas (encore) acheté de Tshirts affichant la belle frimousse du Che. La lecture de son autobiographie s’impose avant d’en faire l’un de nos héros ; cependant, son engagement et sa foi dans le combat contre la dictature forcent l’admiration. « il y en a qui m’appellent aventurier ; et je le suis, mais d’une autre sorte. Je suis de ceux qui risquent leur peau pour démontrer leurs vérités. » La lecture des lettres qu’il envoyait à ses parents, à sa femme et à ses enfants est particulièrement émouvante. Il encourageait toujours ces derniers à bien travailler à l’école et à obéir à leur mère. « Soyez toujours prêts à ressentir au plus profond de vous-mêmes la moindre injustice commise, contre n’importe qui, dans n’importe quelle partie du monde, car c’est là la plus belle qualité d’un révolutionnaire. » Mais ma citation préférée restera celle-ci : « Hay que endurecerse sin perder la tenura jamas » (il faut s’endurcir sans ne jamais perdre la tendresse).

Un sacré personnage, cet Ernesto !! Hasta siempre, Comandante !

Au centre du village, nous découvrons un plan d’eau qui est en fait la plus vieille retenue d’eau de la province de Cordoba. La construction fait partie d’un ingénieux système hydraulique qui régule l’affectation de l’eau collectée dans les diverses rivières avoisinantes.

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Juste à côté se tient l’ancienne résidence jésuite, un imposant complexe datant du XVIème siècle, devenu propriété privée, puis aujourd’hui musée national. Les pères Jésuites acquirent le terrain après que son propriétaire, veuf pour la seconde fois décida de rejoindre la compagnie de Jésus. Les Jésuites développèrent rapidement d’importantes activités d’agriculture et d’élevage. Les mules étaient vendues aux exploitants des mines de Potosi, créant ainsi la principale source de revenu de l’Estancia. A l’époque, 3 prêtres étaient en charge de l’administration du domaine, de l’évangélisation et l’enseignement de divers artisanats. Plus de 300 esclaves noirs fournissaient la main d’œuvre pour les ateliers, les champs, les moulins et la forge. Ils étaient tous payés en nature. L’expulsion des missionnaires Jésuites en 1767 mit un terme définitif à cette fructueuse entreprise.

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Les propriétaires se sont succédé (administration royale, puis privée) mais aucuns ne sut empêcher le déclin économique du domaine. En 1868, en respect du testament de son ultime propriétaire, le terrain fut divisé en lots afin de créer le village d’Alta Gracia.

D’importants travaux de fouilles archéologiques, et de restauration ont été réalisés au cours des dernières décennies, et rendent la visite de cette ‘maison-musée’ particulièrement intéressante.

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Pour notre seconde ‘journée excursion’ dans la région de Cordoba, nous avions le choix entre Villa Carlos Paz, une pâle imitation locale de Las Vegas, ou bien Villa General Belgrano où vit une communauté toute droit venue de nos chères Alpes. L’endroit est mignon et rappelle vraiment un village suisse ou autrichien, mais nous avons vite fait de parcourir les 2 rues principales ; de plus, l’atmosphère a beau être ‘alpine’, les horaires d’ouverture des magasins, eux, sont bien argentins, et donc tout est fermé entre 13h et 16-17h….pas pratique quand on arrive en milieu de journée et que le dernier bus pour Cordoba repart à 17h30….

Et pour clore cet article, revenons à Cordoba, dont nous retiendrons essentiellement le confort de notre chambre d’hôtel, et quelques superbes intérieures d’églises.

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Hasta luego !

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Un commentaire sur “Cordoba”

  1. Yolande dit :

    N ‘aviez- vous pas vu le film sur le Che il y a peut-être 5 ou 6 ans ? on y évocait justement son enfance à Alta Gracia