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Parc Torres del Paine

Vendredi 18 décembre 2009

25-29/11/2009

Plus on descend vers le pôle, plus le cône sud américain se rétrécit. Ce matin nous étions dans la charmante ville d’El Calafate, en Argentine, et à présent, après 5 heures de bus, nous voici dans le non moins charmant village de Puerto Natales, au Chili. Retour donc dans le premier pays latino que nous ayons visité, mais seulement pour quelques jours, juste le temps de nous balader dans le parc Torres del Paine. Enfin, ‘balader’ n’est certainement pas le bon terme. La plupart des sentiers ne font que monter et descendre, et les rares sections de plat sont sans cesse balayées par un vent qui a de quoi faire rougir notre bon vieux mistral. Sans oublier que nous portons nos sacs avec tout le bazar nécessaire pour camper pendant 5 jours (tente, sacs de couchage, réchaud à gaz, soupes, pâtes, riz…). Une aventure physique donc tout autant que visuelle/panoramique., dont voici un résumé.

arrivee-au-parc

Jour 1 : Le bus nous dépose à l’entrée du parc : nous sommes à une heure de marche de l’auberge/camping qui marque le début du trek. Comme nous sommes super motivés, nous décidons de ne pas prendre le service de shuttle et de commencer dès maintenant la marche. Au bout d’une demi-heure, un mini van s’arrête à notre hauteur et nous propose de monter à bord. Toujours aussi motivés, nous refusons, mais le chauffeur en a décidé autrement, et nous n’avons pas d’autre choix que de nous faire transporter jusqu’au bas du sentier. Pas vraiment ‘sport intense’ nos débuts ! Mais attendez, cela va vite devenir sérieux… Nous démarrons illico la montée vers le premier refuge/campement. Deux heures d’ascension quasi non stop, avec des passages particulièrement exposés au vent. On a chaud à force de grimper, alors on enlève les couches de vêtement au fur et à mesure, mais pas question de s’arrêter, car sinon le froid reprend le dessus.

Nous passons le premier refuge et décidons de ne pas nous arrêter pour poursuivre vers le second situé à un peu plus d’une heure de marche dans la forêt. Nous nous rapprochons ainsi au maximum du point de vue sur les fameuses Torres del Paine qui ont donné leur nom au parc.

les-torres

Le parc qui s’étend sur plus de 180 000 hectares constitue une riche réserve de faune et flore. Au cours de nos randonnées nous évoluons à travers quatre types de végétation différents : la brousse près des lacs, la forêt, la tundra et enfin la haute altitude où la végétation laisse place aux roches.

Notre première nuit sous tente fut, sans grand étonnement, inconfortable et particulièrement fraîche.

Jour 2 : on se lève au petit matin afin de grimper au mirador Torres del Paine. Ça monte très raide pendant une petite heure, mais la vue qu’on obtient finalement vaut la peine ! Derrière une petite colline de roches se dressent les trois larges pics de granite. Leur paroi de face est presque parfaitement lisse, c’est cette caractéristique qui leur a valu l’appellation Torres (tours). Pour parfaire le paysage, un petit lac aux eaux turquoises s’est formé au pied des monuments de pierre. Après une courte séance photos, c’est parti pour redescendre tout ce qu’on a monté hier. La plupart des gens vont plus vite en descendant qu’en montant, et bien pas moi ; à force de retenir mon poids + celui de mon sac, j’ai les genoux qui tremblent. Seul réconfort - cruel je l’avoue - : observer les gens qui montent et penser à tout le chemin qu’ils ont encore à parcourir…

vent-sur-le-lac

Une fois revenus au point de départ, nous longeons le lac durant près de 4 heures. Le paysage est splendide, il fait grand soleil, bref, ce serait parfait si ce n’est que nous devons faire face à un vent de plus en plus violent. Il nous est quasiment impossible de nous arrêter pour le pique nique de mi journée. La végétation essentiellement composée de petits arbustes piquants n’offre pas de protection. Je suis sans cesse déviée de ma trajectoire et dois m’agripper à Bibi pour ne pas quitter le sentier. Ces 4 heures ont tout simplement été épuisantes ! Et pour couronner le tout, notre arrivée au second refuge/campement se fait sous la pluie. Réussir à monter la tente par un temps de chien comme celui tient presque de l’exploit acrobatique ! On peut aussi oublier le café/chocolat chaud au refuge car il est plein comme un œuf et plus un banc de la salle commune n’est libre… Et voilà donc comment commence notre seconde nuit d’insomnie dans le parc…

ca-souffle

Pourquoi avoir choisi le camping me direz-vous, alors qu’il y a des refuges un peu partout sur les parcours de randonnée ? Et bien pour des raisons essentiellement financières (et aussi par esprit d’aventure bien sûr !). L’emplacement de tente coûte (déjà) environ 10€, et le lit en refuge revient à la belle somme de 25€ (sans le petit déjeuner, car si vous voulez la pension complète : petit dej, lunch box et repas du soir, alors là ça passe à plus de 50€ par personne et par jour), autrement dit carrément hors budget pour nous.

Jour 3 : le réveil est bien difficile ce matin (courbatures, et genoux cagneux pour Nounoune qui s’est pris les pieds dans ses lacets de chaussures la veille en allant au pipi room et s’est vautrée en beauté). Mais, au moins le soleil est de retour ! 2 nouvelles heures d’enfer éolien nous attendent, mais nous tenons bon et arrivons au campement italien (c’est son nom) pour le déjeuner. Nous plantons notre tente et poursuivons, plus légers, l’ascension vers le point de vue sur los Cuernos (les cornes). Les touristes font souvent l’erreur de croire que ces pics sont les Torres (car ce sont ceux que l’on voit le mieux sur la plus grande partie du parcours). Le sommet des cuernos est pourtant bien plus accidenté, mais la différence la plus visible est le monticule de roche sédimentaire de couleur noire qui recouvre le bloc de granite. Le sentier qui mène au mirador est très divertissant ; nous passons à travers forêt et flancs rocailleux, traversons des petits ruisseaux, et profitons de très belles vues sur les sommets enneigés et glaciers alentours. Cette féérie naturelle prend malheureusement fin quelques heures plus tard, alors que nous entamons notre 3ème nuit mouvementée.

los-cuernos

Le parc Torres del Paine est immense et offre une multitude de chemins de randonnée, mais le circuit le plus emprunté est celui communément appelé le ‘W’, qui permet d’accéder aux principaux points de vue. Les refuges se trouvent au pied des montagnes (des sites de camping rudimentaires sont disponibles au sommet), ce qui fait que les gens s’installent en bas, et effectuent généralement dans la journée l’aller-retour vers les miradors, d’où la forme du ‘W’ !

neige-et-eau

Jour 4 : encore une grosse journée devant nous. Bibi est en mode ‘pilote automatique’ et on progresse lentement. On parvient tant bien que mal au refuge/campement Paine Grande où la tentation de déclarer forfait pour le reste de la journée est grande. Et puis finalement non, après une collation nous prenons notre courage à deux mains, rendossons nos sacs et nous voilà repartis pour un peu plus de 3 heures d’ascension vers le refuge/campement Grey, qui doit son nom au glacier tout proche. Le mirador que nous atteignons à mi parcours est une belle récompense : vue plongeante sur le lac où flottent quelques icebergs, avec au fond le mur de glace comme posé sur l’eau. Le spectacle est fabuleux. Nous ne sommes pas déçus car le campement est également très sympa et le refuge moins bondé, ce qui fait que ce soir nous avons droit à notre chocolat chaud au coin de la cheminée. Comme à son habitude Bibi prépare un bon repas chaud (lire ‘il se les gèle devant le réchaud) pendant que Nounoune organise l’intérieur de la tente. On tente une rapide sortie avant de nous coucher pour aller voir le glacier de plus près : c’est impressionnant !

glacier-grey

Jour 5 : physiquement on est crevés mais le mental est gonflé à bloc car on sait que c’est la fin. Nous avons rendez-vous avec le catamaran qui effectue la traversée du lac jusqu’à l’entrée du parc à 13h. Nos anges gardiens ne nous ont pas lâchés, car le soleil est toujours là (ce fait est assez remarquable car la plupart des gens que nous avons croisés ont eu inévitablement droit à de la pluie au cours de leur séjour dans le parc).

vue-densemble1

C’est tout ‘pouilleux’, mais heureux que nous arrivons en fin d’après midi à Puerto Natales où nous allons dévorer une énorme pizza avant de nous écrouler sous la couette pour un repos bien mérité.

San Pedro de Atacama, une oasis au milieu du désert

Samedi 26 septembre 2009

25-26/08/2009

Nous quittons la paisible vallée de l’Elqui et passons la nuit dans le bus, toujours en direction du nord. Au petit matin, le paysage que nous découvrons est saisissant : les collines couvertes de cacti ont disparu et elles sont désormais remplacées par des dunes de sable et des plates formes rocailleuses. De temps en temps un énorme complexe minier surgit, avec ses tours métalliques et ses enfilades de cabanons rudimentaires où sont logés les travailleurs.

erosion1

Difficile de trouver un environnement plus hostile. Nous approchons du désert d’Atacama, la zone la plus aride au monde selon notre bon vieux guide Lonely Planet. Encore quelques heures à cheminer à travers ce paysage désertique et nous voici arrivés dans le charmant petit village de San Pedro de Atacama. On se croirait dans le Far West américain : le lieu consiste en un quadrillage de ruelles poussiéreuses bordées de maisonnettes basses qui s’ouvrent sur des cours intérieures et dont les façades argileuses renvoient des couleurs chaudes. Nous sommes vite surpris par le nombre élevé d’auberges et restaurants. En fait, il est fort probable qu’il y ait ici plus de touristes que d’habitants permanents ! Cela s’explique par le fait que San Pedro est un des points de passage les plus populaires entre le Chili et la Bolivie, étant donné la beauté des environs.

Dès le soir venu nous constatons (avec désolation) que nous sommes bien en zone désertique : les rayons du soleil ne sont plus là pour nous réchauffer et il fait un froid de canard. Pas de chauffage à l’hôtel, mais heureusement de bonnes couvertures bien épaisses, vite au lit !!

Le lendemain matin, petite balade en ville, qui consiste essentiellement à faire le tour de la place principale. Ce n’est pas bien grand, mais que c’est joli ! Tous ces bâtiments blancs disposés en carré autour de quelques gros arbres bien feuillus, sans oublier à quelques pas de là la très belle église de San Pedro de Atacama, construite en pisé, et dont le toit est constitué de bois de cactus.

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Nous poursuivons la visite en dehors de la ville, car la région regorge de trésors géologiques. Nos pas nous mènent rapidement vers un site assez extraordinaire : le Pucara de Quitor. La construction en terrasse date du 12ème siècle ; les autochtones l’avaient érigée dans un but essentiellement défensif, mais ils n’ont malheureusement rien pu faire face aux armes à feu des Espagnols en 1540.

ruines-de-pucara-de-quitor

L’après midi nous avons rendez-vous avec un autre site éminemment touristique : les Valles de la Luna y Muerte, qui comme leur nom l’indique sont des lieux particulièrement inhospitaliers.

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Ces vallées ont été formées il y a plus de 22 millions d’années lors d’importants mouvements au niveau de la croute terrestre. Par la suite le vent a progressivement sculpté les roches sédimentaires. Ici pas un arbre ne pousse, ni aucune plante ou fleur, pas la moindre trace de la présence d’un animal ; tout n’est que roche et sable, et le résultat n’en est que plus spectaculaire, particulièrement au coucher du soleil !

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Voilà pour l’apéritif, demain on attaque le plat de résistance, avec un voyage de 3 jour en 4×4 à travers le Sud Lipez  (Bolivie) : attention le yeux !!

coucher-de-soleil1

Douceur de vivre au Nord Chili

Lundi 21 septembre 2009

21-24/08/2009

Nous poursuivons progressivement notre route vers le nord du Chili et atteignons la petite ville de La Serena qui porte si bien son nom. Qu’il est agréable de se promener dans les rues de cette paisible bourgade, au gré des stands d’artisanat et des concerts improvisés !

ambiance-de-rue-la-serena

Nos balades nous permettent d’admirer les nombreux bâtiments néoclassiques, ainsi que plusieurs des 29 églises que compte la ville. A l’Est de la ville de longues plages de sable fin s’étendent à perte de vue. Aujourd’hui désertes étant donné le mauvais temps elles deviennent très populaires dès l’été revenu. Un phare un peu laissé à l’abandon domine la plage.

eglise-la-serena4

La Serena est le point de départ idéal pour une petite virée dans la vallée de l’Elqui, connue pour ses vignobles, ses nombreux observatoires astronomiques et l’ambiance New Age qui prévaut.

vallee-de-lelqui

La route est superbe, notamment après un imposant barrage qui précède un très beau lac entouré de collines couvertes de cacti. Le village de Vicuna a un charme fou avec sa petite place centrale d’où des hauts parleurs jouent en continu de la musique traditionnelle, et sa haute tour rouge.

la-tour-de-vicuna1

Nous n’aurons pas de chance en ce qui nous concerne la découverte de la voûte céleste car de gros nuages voilent la vue, mais en revanche la visite de la principale distillerie de pisco de la région – la boisson nationale – s’avère très intéressante (et la dégustation bien agréable !).

distillerie-de-pisco-vicuna

Le pisco est une eau de vie de raisin. Mais il ne faut pas l’assimiler au marc o u à la grappa. Alors que ces derniers sont préparés avec les restes des grappes après extraction du moût (pour la fabrication de vin), et donc possèdent un arôme fort en bois, le pisco est le résultat de la distillation de la grappe entière. De plus, le raisin venant souvent de régions très chaudes, sa teneur en sucre est très élevée. Le goût du pisco est donc agréable, moins râpeux qu’une eau de vie traditionnelle. Il se boit traditionnellement avec de la glace, du citron, et du sucre.

A la bonne vôtre !

distillerie-vicuna

Santiago et Valparaiso

Lundi 21 septembre 2009

15-21/08/2009

Hola ! Nous voilà fraîchement débarqués à Santiago, la capitale du Chili. Je dis ‘fraîchement’, car le thermomètre affiche 4° et il est temps pour nous de ressortir du fond de nos sacs vestes polaires, bonnets et gants. Heureusement nous avons choisi une auberge de jeunesse dans le quartier étudiant de Bellavista, un endroit un peu bohème et très chaleureux !

Au petit matin, nous avons l’agréable surprise de découvrir de superbes pics enneigés juste derrière les grattes ciel. C’est impressionnant et ça donne envie de chausser les skis !

gratte-ciel-et-piecs-enneiges-santiago

Le centre ville se trouve tout près et offre une large série de très beaux bâtiments anciens, tels la poste, les tribunaux ou encore l’ex Congrès National. Nous sommes également impressionnés par la beauté de la cathédrale metropolitana qui affiche complet à chaque messe.

cathedrale-metropolitana-santiago

La ville de Santiago est aussi réputée pour ses nombreux musées ; celui qui est dédié à l’art précolombien est à ne manquer sous aucun prétexte. Très joliment présenté il renferme des centaines d’objets utilitaires et décoratifs des différents peuples de la sous région. C’est dans ce genre d’endroit que l’on se rend compte qu’on n’aurait finalement pas grand-chose de nouveau à apprendre à nos ancêtres. Je serai toujours impressionnée par leur niveau de maîtrise des outils et matériaux, ainsi que par la richesse de leur imagination et le souci du détail qui définit chaque objet. Un lieu plein de couleur et de découvertes, j’adore !

detail-musee-dart-precolombien-santiago

Non loin de l’hôtel se trouve la colline de San Cristobal qui domine la ville. On accède à son sommet à pied, mais également en funiculaire (un mode de transport que nous commençons à bien connaître et apprécier). Tout en haut, les visiteurs sont accueillis par une immense statue de la vierge, qui s’illumine une fois la nuit tombée. Ce lieu de verdure et recueillement est très populaire auprès de la population de Santiago et on y croise des promeneurs jusque tard le soir. Les Chiliens semblent être de fervents catholiques si l’on s’en tient au nombre élevé d’églises qui jalonnent les quartiers de la capitale, mais surtout si l’on considère le taux de fréquentation de ces lieux de culte. En effet, rien à voir avec la désertion donc ils font l’objet chez nous ; vous pouvez pénétrer dans une église à n’importe quel moment de la journée, vous êtes sûr d’y trouver plusieurs fidèles en train de prier. Le prêtre est presque toujours disponible et les messes sont généralement quotidiennes…

panorama-depuis-la-colline-san-cristobal-santiago

Nos premiers pas au Chili nous permettent également d’observer quelques particularités de la culture locale. Ainsi, nous sommes amusés de tomber sur des confiseries et des magasins de farces et attrapes à quasiment chaque coin de rue, serions-nous au paradis des gourmands et des farceurs ?! Nous le verrons bien avec notre prochaine étape, située à un peu plus d’une centaine de la capitale : la fameuse ville de Valparaiso.

valparaiso

Bienvenue à Valparaiso, ‘Valpo’ pour les intimes, notre premier gros coup de cœur du continent ! Difficile de vous dire pourquoi on l’aime tant. Personnellement j’ai l’impression d’avoir fait un voyage dans le temps et d’être revenu au début du XXème siècle. Ce port n’a rien à voir avec les cités minières de Lorraine qu’ont connues mes aïeuls, et pourtant j’ai la sensation que les ressemblances sont plus nombreuses qu’on pourrait le penser.

colline-de-valparaiso1

Les rues sont bordées de grosses maisons carrées aux façades encore parfois couvertes de publicités pour des produits qui n’existent probablement plus. Les rez-de-chaussée sont occupés par de petites boutiques de toutes sortes ; ici une quincaillerie, là un salon de beauté, ou encore un garage. La vie y bat son plein, mais pas trop vite, au ralenti, au rythme des antiques trolley-bus…

trolley-bus-valparaiso

Dans les vastes et froides demeures, les planchers craquent, les plafonds sont hauts, les peintures sont brillantes, et les tuyaux apparents ont été recouverts de papier peint. Mais Valparaiso, c’est bien plus que cela : au-delà du centre ville quadrillé qui longe le port s’étire une multitude de collines, étrange superposition de quartiers résidentiels et agglutination de cabanes en tôles multicolores, véritable musée à ciel ouvert.

valparaiso-musee-a-ciel-ouvert

Certains ont aujourd’hui bien du mal à croire au prestige passé de Valparaiso ; la ville était pourtant le port le plus important sur la côté chilienne. La plupart des bateaux venaient y faire escale après le périlleux passage du Cap Horn, et c’était également un important centre de commerce avec l’Amérique du nord. Mais toute cette agitation a pris fin en 1914 avec l’ouverture du Canal de Panama, et la ville s’est dès lors peu à peu ‘éteinte’. Quoi qu’il en soit, Valparaiso a su conserver ce côté bohème qui fait d’elle la capitale culturelle incontestable du Chili. Certains ont du mal à y trouver du charme ; nous, on adore et on ne se lasse pas de flâner dans ses ruelles irrégulières et d’emprunter ses fameux ‘ascenseurs’, drôles de tas de ferraille hérités des années 1880-1920, mais qui fonctionnent encore parfaitement bien !

ascenseurs-valparaiso

Je vous laisse avec ces quelques vers d’un des enfants du pays, illustre poète et Prix Nobel de Littérature, j’ai nommé Pablo Neruda.

¨Il meurt lentement celui qui ne voyage pas,
celui qui ne lit pas,
celui qui n’écoute pas de musique,
celui qui ne sait pas trouver grâce à ses yeux.

Il meurt lentement
celui qui détruit son amour-propre,
celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l’habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins,
celui qui ne change jamais de repère,
Ne se risque jamais à changer la couleur de ses vêtements
Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement
celui qui évite la passion
et son tourbillon d’émotions
celles qui redonnent la lumière dans les yeux
et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap lorsqu’il est malheureux
au travail ou en amour,
celui qui ne prend pas de risques
pour réaliser ses rêves,
celui qui, pas une seule fois dans sa vie,
n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!
Risque-toi aujourd’hui!
Agis tout de suite!
Ne te laisse pas mourir lentement!
Ne te prive pas d’être heureux!

collines-valparaiso

Mystère et boule de gomme à l’Île de Pâques (suite et fin)

Dimanche 13 septembre 2009

11-15/08/2009

Aujourd’hui nous avons rendez-vous avec les Moais. L’île n’est pas bien grande, mais les statues ont été disséminées en plusieurs endroits et nous avons donc loué un scooter afin de nous rendre aux différents points d’intérêt.

Il ne nous faut pourtant pas aller bien loin pour rencontrer nos premiers géants de pierre. En effet tout près du cimetière et du musée se trouvent trois plateformes cérémonielles qui ont bénéficié d’importants travaux de restauration. Les deux plateaux de gauche porte des statues de tailles différentes et fortement érodées, tandis que sur la droite se dresse un moai solitaire à qui l’on a redonné des yeux et un chapeau, appelé pukao. Tout autour du site on peut encore voir les fondations d’autres bâtiments utilisés lors des cérémonies.

nos-premiers-moais7

La côte sud de l’île de Pâques est magnifique et nous enchaînons les arrêts en bord de route pour profiter de la vue. Nous sommes impressionnés par la force avec laquelle les vagues viennent se fracasser sur les rochers. En plusieurs endroits, des moais sont couchés sur le sol, tout près du rivage. Un guide nous apprend que la plupart d’entre eux ont été renversés lors d’un puissant tsunami dans les années 1960. Plusieurs statues sont cassées et leurs diverses parties s’étalent au sol, notamment les fameux chapeaux rouges. Ce spectacle est assez triste…

Plus au centre, nous arrivons sur le site le plus important de l’île. Il s’agit du volcan Rano Raraku, qui abrite la carrière d’où proviennent les statues.

la-carriere-des-moais1

Sur les flancs du volcan des centaines de moais inachevés ou qui n’ont pas été déplacés reposent encore. Ce sont ces blocs de pierre plus ou moins taillés qui ont permis aux scientifiques de comprendre et de reconstituer le processus de leur création.

1. Les contours du moai étaient tout délimités dans la roche

2. Le dessus du moai était progressivement taillé ; le dessous de la statue était également taillé, laissant une quille de plus en plus fine qui rattache la statue à la roche maîtresse

3. La quille était à son tour éliminée, et le moai glissait alors vers le bas du volcan

4. Pour terminer la taille du dos, on estime que le moai était posé en position debout dans un fossé.

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Une fois terminée la statue devait être transportée vers sa destination finale, soit une plateforme cérémonielle. Le mystère reste entier quant à la technique utilisée pour déplacer les moai, mais plusieurs chercheurs ont développé leurs propres théories – plus ou moins réalistes -, qu’ils ont tenté de mettre en œuvre. En voici quelques unes :

- Thor Heyerdhal pense que les statues étaient couchées sur des traineaux de bois et étaient ensuite tirer jusqu’à leur plateforme.

- Un ingénieur tchèque du nom de Pavel s’est inspiré de la tradition orale qui rapporte que les moai marchaient jusqu’aux plateformes, pour affirmer qu’étant donné leur centre de gravité bas, les statues peuvent se dandiner sur plusieurs centaines de mètres…..euh…personnellement je n’y crois pas trop à cette là….

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Une fois arrivé à destination les moais étaient progressivement relevés en accumulant des pierres sous leur tête. Un dernier mystère qui demeure irrésolu est le placement du chapeau sur la tête des géants. Le pukao était-il simplement posé sur le haut du moai ou bien était-il attaché d’une quelconque manière ? On ne sait pas.

moais-enfouis

Ce qu’on sait, par contre c’est que sur toute l’île on dénombre près de 900 statues, et que pas moins de 400 d’entre elles sont restées à la carrière de Rano Raraku. Alors imaginez un beau cratère de volcan avec un paisible lac au milieu, et des dizaines de têtes géantes qui sont partiellement enfouies sur les flancs du volcan. Le panorama à 360° est époustouflant !

vue-depuis-le-cratere-rano-raraku

Beaucoup d’observateurs se demandent pourquoi toutes ces statues sont restées là et ont été progressivement recouvertes par les couches successives de laves. Pourquoi la production de moai s’est-elle semble-t-il arrêtée de façon aussi soudaine ? Encore une question à laquelle il est difficile de répondre avec certitude, mais plusieurs éléments sont généralement avancés par les spécialistes.

ahu-tongariki

Il est nécessaire de préciser que les moais ne sont pas des dieux ; en fait on pense qu’il s’agit plutôt de statues commémoratives, érigées pour célébrer les ancêtres d’un clan. C’est également la raison pour laquelle toutes les statues (à l’exception d’une plateforme du centre de l’île) se dressent en tournant le dos à la mer et en regardant l’intérieur de Rapa Nui ; elles font ainsi partie intégrante de la vie quotidienne des habitants. Le prestige des clans qui peuplaient l’île se réalisait dans la maîtrise de la taille et des dimensions de chaque nouveau géant. Les moais revêtaient donc une double fonction : non seulement ils fixaient de manière visible les ancêtres de chaque lignée, mais en plus ils étaient la preuve du pouvoir et de la capacité d’organisation de chaque clan. Au fil des ans, on estime que la nécessité d’accroître les démonstrations de pouvoir a conduit à ce que les clans se disputent les ressources essentielles telles que le bois et les aliments de base. Les nombreux moais renversés sont aujourd’hui encore la preuve des luttes violentes que se sont livrés les différents clans pour le contrôle des ressources.

cheval-et-moai

Suite à la déforestation, aux pénuries alimentaires et au comportement belliqueux des dirigeants successifs, la population de l’ile est progressivement passée de plus de 10 000 habitants à environ 4 000, chiffre stable aujourd’hui. Les Rapa Nui, habitants originaux ne représentent plus que 60% d’entre eux.

La promenade se poursuit avec ce qui à mon avis est le plus beau site de l’île : Ahu Tongariki est la plus grande plateforme jamais construite. Au bord de l’océan, 15 superbes moais se dressent. On se sent vraiment tout petit à côté de ses géants ! De quoi faire une chouette séance photos !

notre-spot-prefere

En poursuivant la route on atteint la belle côte nord de l’île, qui cache notamment une très belle plage bordée de hauts cocotiers. Là encore les moais sont surprenant de beauté. Sur le site de Ahu te Pito Kura tout proche on peut voir la plus grande statue jamais transportée depuis la carrière volcanique. Il s’agit d’un géant de 10 mètres de long (pour environ 75 tonnes) qui gît aujourd’hui face contre terre et la nuque fracturée. Mais le record du plus grand moai revient à une statue inachevée de la carrière : 21,60m de pierre brute pour un poids estimé à plus de 160 tonnes, beau bébé, non ?

les-15-grands

Cette journée figurera parmi les plus exceptionnelles de notre voyage, et à notre plus grand bonheur, les photos de Bibi sont splendides (à voir absolument sur Flickr)! Nous passons le reste du séjour à parcourir les chemins de campagne de l’île pour y découvrir de nouveaux vestiges d’une civilisation à la fois riche et mystérieuse. C’est totalement reposés et ressourcés que nous quittons ce petit bout de paradis et attaquons la dernière grosse partie de notre périple : l’Amérique du Sud. Hasta luego, amigos !!

coucher-de-soleil

Mystère et boule de gomme à l’île de Pâques

Jeudi 10 septembre 2009

11-15/08/2009

Après les somptueux lagons de Polynésie, voici une autre étape mythique de notre périple, j’ai nommé l’Île de Pâques.

Ce petit bout de terre de 162 km² est l’île habitée la plus isolée au monde. Nous nous trouvons à 4000 kilomètres de Tahiti, et bien que l’île de Pâques fasse partie du Chili, les côtes de ce pays sud américain sont distantes de plus de 3700 km. Nos plus proches voisins se situent à quelques 2000 km de nous, c’est dire si on est tranquille ici !

Malgré sa petite taille, l’île de Pâques est un véritable trésor de Nature et de Culture. Cette richesse lui a d’ailleurs valu l’honneur d’être inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’UNESCO. Nous sommes plus qu’excités à l’idée de fouler cette terre mystérieuse et de pouvoir visiter les nombreux sites archéologiques dominés par les Moais, ces fameuses statues monumentales dont on sait si peu de choses.

Nous nous sentons un peu perdus à notre descente d’avion car nous voici officiellement sur un nouveau continent – l’Amérique du Sud – dont nous ne maitrisons pas la principale langue (et oui, Bibi n’a pas été très assidu à ses cours d’espagnol, quant à moi, étant alsacienne, c’est l’allemand que j’ai appris…). Il va falloir faire quelques efforts ! Plusieurs gérants de guesthouses nous vantent les mérites de leur demeure, mais nous ne sommes pas certains de bien comprendre tout ce qu’ils nous disent. Nous décidons finalement de suivre notre instinct et montons dans la voiture d’une femme à l’allure fort sympathique qui nous emmène à travers la seule et unique ville de l’île, Hanga Roa. Nous avons de la chance, les cabanas de Paola sont très bien situées. En fait, de la terrasse de la cuisine commune nous avons vu sur l’océan, et surtout sur nos premiers Moais !

Après avoir fait quelques courses au supermarché – qui nous a semblé étonnamment vide, et oui je crois que notre régime pour cette semaine sera encore essentiellement composé de pâtes et de soupes…- nous décidons de nous reposer un peu car la nuit dans l’avion fut très courte. A notre réveil, tout est noir. Seul le petit cimetière en bas de la côte est paré de quelques lanternes, c’est très beau. Vivement demain, que nous puissions enfin partir à la découverte des nombreux mystères de l’île !

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Ignorant presque tout de l’île de Pâques, c’est naturellement par le musée que démarre notre visite. Le lieu n’est pas bien grand, mais nous y trouvons toutes les informations dont nous avons besoin afin de poursuivre la balade.

Aux environs de 500 ans avant J.C les premiers Polynésiens mirent leurs grandes pirogues à balancier à la mer et commencèrent une grande aventure de colonisation. Depuis les îles de Tonga et Samoa, ils naviguèrent vers l’Est et atteignirent les ïles Cook, les ïles de la Société (Tahiti) et les Marquises. Ce n’est que 700 ans plus tard que les grandes pirogues complétèrent le triangle de colonisation en atteignant ses 3 extrêmes : Hawaï – aussi appelé les îles Sandwich – au nord, l’île de Pâques à l’Est, et la Nouvelle Zélande au sud Ouest.

On sait très peu de choses des premiers habitants de l’île. Comment occupaient-ils leurs journées ? Pourquoi ont-ils si vite disparus, et surtout dans quelles circonstances ? Les spécialistes rapportent une activité intense, afin de construire une société ‘avancée’. La totalité de la végétation de l’île a disparu en l’espace de quelques siècles. Cette période de peuplement et développement atteint son apogée entre 800 et 1600 avec l’édification des grands centres cérémoniels tout autour de l’île. Par la suite, on imagine qu’avec la déforestation, les sols se sont progressivement appauvris, et que le faible rendement agricole a entraîné les hommes dans de sanglantes luttes tribales. Enfin, les maladies apportées par les missionnaires catholiques et explorateurs européens réduisirent encore la population autochtone.

Plusieurs panneaux présentés au musée nous apprennent également que l’île est d’origine volcanique. Même si son relief semble relativement plat, elle présente trois beaux cônes éteints. L’un d’eux – Rano Kau – se situe tout près de la ville d’Hanga Roa, et nous décidons de lui consacrer le reste de notre première journée sur l’île. La balade qui mène du centre ville au sommet du volcan est superbe. On commence par longer la côte finement découpée, le long du port. De grosses vagues se fendent sur les rochers créant de véritables bains bouillonnants d’écume blanche aux reflets bleu turquoise.

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Après avoir dépassé la piste d’atterrissage, un des rares complexes hôteliers de l’île et une caverne renfermant de belles peintures rupestres, les choses sérieuses commencent et la pente s’accentue. Mais nos efforts sont largement récompensés lorsque 400m plus haut nous atteignons le bord du cratère du Rano Kau : le panorama qui s’offre à nous est à couper le souffle. Le cratère abrite une sorte de marécage d’eau douce aux ravissants reflets irisés. Comme si c’était fait exprès, une brèche s’ouvre dans le cratère, juste en face de nous, là où le volcan donne sur l’océan. On n’aurait pas pu rêver une plus belle vue !

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Perché sur le côté droit du cratère, l’ancien village cérémoniel d’Orongo abrite les vestiges du culte de l’homme-oiseau, tradition inventée par les habitants de l’île afin de préserver les ressources qui se faisaient de plus en plus rares. Une course s’y tenait chaque année entre les différents clans de l’île. Les représentants des clans devaient s’élancer de la falaise et rejoindre à la nage un îlot situé à proximité. Là ils devaient trouver le premier œuf de la saison pondu par une sterne. Le chef du premier nageur à s’en retourner avec l’œuf était nommé ‘roi’ pour toute l’année ; il contrôlait alors la distribution de toutes les ressources de l’île. Vus la distance à parcourir, et le degré d’agitation de la mer à cet endroit, j’imagine que beaucoup de concurrents n’en sont pas revenus vivants…

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En une seule journée l’île de Pâques a réussi à nous emplir la tête d’histoires et de rêves fabuleux. Et pourtant, ce n’est qu’un début ; demain est un grand jour car nous allons enfin percer le mystère des Moais. Bonne nuit !