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Trek de Jomsom, jours 1-3

Mardi 21 avril 2009

Le trek de Jomsom constitue le dernier 1/3 du grand circuit qui fait le tour des Annapurnas. Il correspond également à un chemin de pèlerinage très populaire auprès des hindous de toute la région. Le trajet débute à de hautes altitudes (plus de 3600m) pour redescendre vers Pokhara ; le randonneur traverse tout d’abord des paysages lunaires et stériles avant d’atteindre des pentes boisées et de magnifiques forêts de rhododendrons. Les sommets culminant à plus de 8000m sont visibles tout au long du périple.

Trek de Jomsom – Jour 1            Muktinath (4000m)

25/03/2009

Mercredi, 5h00 : ça y est, c’est le grand jour ! Nous partons dans la montagne ! Bibi est super excité, moi un peu moins car nous devons prendre un petit avion pour monter à 2800m. Nous quittons l’hôtel où nous avons pu laisser toutes nos affaires ‘non essentielles’ ; comme nous avons choisi de nous balader sans guide et sans porteur, Bibi a conservé son grand sac à dos que nous avons essayé d’alléger au maximum, mais je crois bien qu’il accuse tout de même une bonne dizaine de kilos… je suis quant à moi en charge des matériels ‘sensibles’ (papiers, argent, appareil photo…).

descente-davion-a-jomsom

8h00 : le vol s’est très bien passé ; on a eu droit à de formidables vues sur les sommets. Les pilotes qui font le trajet 4 à 5 fois par jour profitent du beau temps pour passer près des crêtes, au grand bonheur des passagers. Nous arrivons à Jomsom sous un magnifique soleil mais la fraicheur de l’air a tôt fait de nous rappeler que nous sommes à 2800m d’altitude. Jomsom, capitale du district Mustang, est une petite ville relativement moderne qui a profité de l’afflux de réfugiés tibétains dans les années 60 pour se développer (l’aéroport date de cette époque). La rue principale est désormais bordée d’hôtels et guest houses pour tous les types de bourses ; l’un d’eux a été rendu célèbre car il a accueilli Jimi Hendrix en 1967 qui a laissé quelques unes de ses pensées sur les murs de sa chambre.

9h00 : rien de tel pour se mettre en jambe qu’un bon petit déjeuner. Nous sommes censés quitter Jomsom dans la matinée et démarrer la descente, mais Bibi qui est sous le charme de la montagne a vu la plupart des trekkeurs partir dans la direction opposée et une idée lui trotte dans la tête. La ville de Muktinath, destination finale des pèlerins ne se situe qu’à 2 jours de marche…nous apprenons même que des jeeps peuvent nous y emmener en quelques heures. Située à plus de 3800 mètres le paysage promet d’être grandiose ! Je vois bien que l’envie d’aller plus haut le démange, et après de longues minutes de tergiversations (on y va, on n’y va pas), on se décide à modifier nos plans initiaux pour effectuer le pèlerinage en entier et monter à Muktinath. Nous optons pour le trajet en jeep (pas très glorieux pour de grands trekkeurs comme nous, mais c’est rapide) ; au final ce détour prolonge notre itinéraire de 3 jours, mais après tout nous avons le temps.

10h45 : la plupart des passagers des jeeps sont des Indiens et Népalais qui se rendent aux temples de Muktinath. Le véhicule gravit un chemin sinueux pendant un peu plus d’une heure. Les précipices que nous longeons sont impressionnants. Arrivés à Muktinath chaque centimètre de notre peau qui n’est pas couvert constate que nous sommes à près de 4000 mètres : il fait froid !!

complexe-des-temples-de-muktinath3

Après midi : après un bon déjeuner chaud (pris sans enlever nos vestes, ni nos gants) nous partons visiter les fameux temples. Le complexe renferme quatre temples, dont 2 sont vraiment visités par les pèlerins. Dédié à Vishnu, le principal édifice est entouré de 108 sources d’eau. Selon la légende elles ont été créées lors de la visite du Guru Rimpoche à Muktinath, lorsque chacun des gurus qui l’accompagnaient ont planté leur bâton dans la terre pour en faire jaillir l’eau sacrée. L’autre attraction du complexe est un feu sacré qui brûle à proximité d’une source d’eau glacée, sous l’autel du Dholambar Gompa. Il s’agit en fait d’une simple flamme bleue provenant d’un gisement de gaz naturel, mais l’association du feu, de l’eau et de la terre revêt pour les personnes pieuses une grande signification religieuse. Une jeune nonne qui gardait ce temple nous a expliqué que le complexe est habituellement la résidence d’une soixantaine de ses semblables, mais que pendant les rudes mois d’hiver la plupart partent pour Katmandou et seule une petite dizaine garde les temples. Je n’aimerais vraiment pas être à leur place. L’endroit est certes très sauvage et beau, mais nous sommes au début du printemps et je n’arrive pas à me réchauffer ; j’ose à peine imaginer les températures qu’elles endurent au plus profond de l’hiver !

pres-de-muktinath

Sur le chemin du retour à l’hôtel il me semble que le froid se fait de plus en plus mordant. Je rêve d’un bon feu de cheminée, mais je ne vois pas de fumée sortir des toits du village… En fait les murs protègent du vent, mais pour le reste il fait tout aussi froid dedans que dehors ; nous sommes donc condamnés à garder tous nos vêtements sur nous. La seule solution pour ne pas geler sur place est de boire du thé ; les Autrichiens qui sont à côté de nous ont commandé une grande thermos de thé bien chaud et ne cessent de remplir leur verre. On peut également opter pour l’alcool (choix populaire auprès des populations locales semble-t-il) mais l’effet n’est pas immédiat, et en attendant….on a froid ! Entre temps il a commencé à neiger, d’abord légèrement, mais les flocons se font de plus en plus gros.

Les heures passent (très lentement) et il neige toujours ; tous les clients de l’hôtel Bob Marley (un nom pareil, à 4000m fallait y penser !!) se retrouvent dans la grande salle à manger pour essayer de partager le peu de chaleur qu’ils ont. Finalement, nous voyant transis de froid, les gérants se décident à nous faire profiter de leur système de chauffage : sous les tables se trouvent des trous dans lesquels ils placent des braseros. Les braises ne tardent pas à dégager une forte chaleur. Je suis aux anges, mais mon bien être est de courte durée car les braises faiblissent et je me retrouve bientôt à avoir aussi froid qu’avant (si ce n’est plus).

De toute façon maintenant que nous sommes ‘en route’, nous devons prendre le rythme des trekkeurs, à savoir se coucher avec le soleil et se lever avec le soleil. La plupart des trekkeurs emportent avec eux leur sac de couchage ; nous avions décidé de laisser les nôtres à Pokhara… Nous n’hésitons pas à demander 2 couvertures supplémentaires avant de rejoindre notre chambre. Avec celles qui se trouvent déjà sur notre lit, et les nombreuses couches que nous portons, cela devrait suffire pour cette nuit !

Jour 2 Muktinath (4000m) – Kagbeni (2800m) 10kms

26/03/09

Cette première nuit a été plutôt mauvaise. Nous nous sommes réveillés vers minuit avec un mal de crâne du tonnerre (on se doutait bien que passer de 850 à 4000 mètres en une demi-journée allait avoir quelques conséquences…). Lorsqu’on parvient à rassembler assez de courage pour sortir du lit, on constate qu’il neige toujours ; il est bien tombé une quinzaine de centimètres depuis hier.

bibi-et-dame-nature

Nous prenons la route et très vite les flocons sont replacés par de très beaux rayons de soleil. Nous sommes époustouflés par la beauté des paysages qui nous entourent. Nous progressons à travers des terres arides, avec pour seul horizon des gorges profondes et des sommets enneigés. Une route a été percée pour les jeep mais le chemin que nous empruntons est celui du pèlerinage ; nous traversons plein de petits villages perchés sur d’abruptes parois. Tous sont dominés par de mignons monastères de briques rouges que nous pouvons visiter si nous le souhaitons.

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feerie-sur-la-route-de-muktinathsur-la-route-de-muktinath

La descente sur le village de Kagbeni est très pentue ; nous croisons des dizaines de pèlerins qui se rendent à Muktinath. La plupart me font vraiment peine à voir. Il s’agit principalement de personnes d’un certain âge ; beaucoup de femmes portant de lourdes charges à la force de leur cou (les sacs sont positionnés sur le dos, mais une courroie placée sur le haut du front supporte le poids) ; à leurs pieds, des tongs et des chaussettes (pas idéal pour marcher dans la neige et la gadoue) ; j’ai beau me dire que les Népalais sont un peuple de montagnards et qu’ils sont dans leur élément, je ne peux m’empêcher de les trouver un peu inconscient sur ce coup-là. Un homme m’arrête ; il n’est pas peu fier de me présenter son père qui a 83 ans ! Certains nous demandent si Muktinath est encore loin. Well, let’s see….nous faisons le chemin dans le sens de la descente et nous marchons depuis plus de 3 heures ; vous êtes très chargés, plutôt âgés et mal équipés, et vous allez dans le sens de la montée…donc oui je pense que vous en avez pour plus de 2 heures….bien plus de 2 heures !!! Qu’est ce que la foi ne fait pas faire !!

pelerins-en-route-pourmuktinath

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Arrivés à Kagbeni, nous nous rendons au célèbre Yak Donald’s pour déguster un excellent YakBurger ; un peu plus tard, la douche chaude de l’hôtel est un miracle.

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Jour 3 Kagbeni (2800m) – Marpha (2670m) 11,5kms

27/03/09

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C’est une journée de marche plutôt facile, le chemin longeant le lit de la rivière Kali Gandaki. La seule contrainte est de partir tôt le matin car à partir de la mi journée la plaine est balayée par un vent très violent qui rend difficile la progression des marcheurs. Le sol que nous foulons est stérile, pratiquement uniquement constitué de cailloux , parmi lesquels figurent des ammonites en grand nombre. Il s’agit de galets ronds de couleur noire qui sont en fait des fossiles d’un mollusque qui vivait enroulé dans un coquillage. La région en est pleine et certains locaux passent leur temps à les ramasser pour ensuite les revendre aux pèlerins qui les considèrent comme des formes du Dieu Vishnu.

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Cette étape nous ramène à Jomsom notre point de départ où nous nous arrêtons pour la pause thé avant de poursuivre notre route vers Marpha, « la capitale de la pomme au Népal ».

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Ici le paysage change un peu ; il se fait plus vert, le village est entouré de pommiers et adossé contre une grande paroi rocheuse. En hauteur on distingue un temple et plus haut encore accroché à la pierre une petite hutte qui abrite un moine ermite. Le village de Marpha est très charmant et vaut le détour. On y entre en passant à travers un Kani - large mais basse structure en pierre en forme d’arche. Il faut se baisser pour y entrer mais le toit est creusé et renferme souvent de belles peintures et des moulins à prières. De très belles bâtisses aux murs d’un blanc éclatant bordent la rue principale. Le village est célèbre dans toute la région pour sa propreté ; il possède même un système d’évacuation des eaux usées sous-terrain !

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Après un bon repas et une douche malheureusement bien fraiche à mon goût, nous sommes allés visiter le monastère et avons longuement parcouru les boutiques d’artisanat qui bordent la rue principale. Nous y avons trouvé de très beaux objets, notamment des boîtes à encens et moulins à prières décorés de turquoise ; les prix nous ont semblé relativement raisonnables, mais nous n’avions malheureusement pas prévu de tels achats pendant le trek et avons donc peur de ne pas avoir assez d’argent pour le reste de la randonnée ; espérons que nous trouverons des pièces semblables à Pokhara ou Kathmandou !

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Avant de poursuivre notre route, sachez que la culture de la pomme a débuté à Marpha dans les années 60, dans le cadre d’une expérimentation. Un sherpa parti étudié l’horticulture en France a tenté de planter plusieurs variétés de pommiers et ce fut un succès qui a depuis été reproduit dans toute la vallée.

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