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Trek de Jomsom, jours 4-6

Jour 4 Marpha (2670m) – Kalopani (2530m) 18kms

28/03/09

Une longue journée de marche pour cette étape qui nous transporte à travers de beaux villages Thakali situés le long de la rivière, et qui offre à nos yeux de belles pentes boisées, le tout surmonté des magnifiques chaînes enneigées du Dhaulagiri et du Nilgiri.

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La région de Marpha est devenue le refuge de nombreux Tibétains qui ont combattu l’occupant chinois avec l’aide de la CIA jusque dans les années 70. Par la suite le gouvernement népalais les a également persécutés pour leurs activités clandestines mais la Croix Rouge a permis la conservation de plusieurs campements qui sont visibles de l’autre côté de la rivière que nous longeons.

4km après Marpha nous atteignons le beau village de Tukuche, ancienne plaque tournante du commerce du sel entre l’Inde, le Népal et le Tibet. Les caravanes arrivaient du nord chargées de sel et de laine que les commerçants échangeaient contre des céréales. La petite ville garde les marques de cette richesse passée à travers son impressionnante architecture : plusieurs rues sont bordées de grosses bâtisses avec balcons et fenêtres sculptées : il s’agit là principalement des anciennes résidences des commerçants, de leurs entrepôts et bureaux…). A la fin des 50’s la région a assisté au déclin et éventuellement à la fin du commerce du sel : les marchands ont progressivement quitté la ville et laissé leurs belles demeures à l’abandon. Le développement du tourisme a sauvé bon nombre de ces bâtiments qui sont aujourd’hui devenu de confortables lodges pour les trekkeurs.

La route progresse le long de la rivière qui est quasiment à sec à de nombreux endroits ce qui nous permet de prendre (parfois sans même nous en rendre compte plusieurs raccourcis en la traversant). Peu à peu le chemin prend de la hauteur et nous arrivons finalement en face de ce qui m’a paru être un (très) long pont suspendu. (Je ne l’ai pas inscrit dans ma description mais sachez que j’ai terriblement peur du vide). J’ai un instant eu l’espoir que nous pouvions suivre le chemin à droite de la rivière mais une habitante locale nous a malheureusement confirmé qu’il fallait traverser pour atteindre Kalopani. Prenant mon courage à 2 mains (enfin plutôt une car de l’autre je m’agrippais fortement au sac à dos de Bibi) je suis Bibi qui s’avance sur le pont et qui me répète continuellement de ne surtout pas regarder en bas mais droit devant. J’arrive finalement de l’autre côté, les genoux tremblants et le cœur battant mais tout de même relativement fière de moi !

Quelques dizaines de minute plus tard, nous atteignons le charmant petit village de Kalopani, éblouis par une magnifique vue sur les sommets alentours (c’est à Kalopani que nous pouvons pour la première fois admirer l’Annapurna I) et notamment le superbe glacier du Dhaulagiri. Ici les terres arides ont définitivement laissé place aux forêts de pins ; à peu de choses près, on pourrait se croire dans nos chères Alpes.

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Jour 5 Kalopani (2530m) – Dana (1440m) 18kms

29/03/09

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Avec un panorama comprenant (en partant de la gauche) le Dhaulagiri (8167m)et son glacier, le Mont Tukuche (6920m), les Nilgiri nord, centre (6940m) et sud (6839m), et l’Annapurna I (8091m), Kalopani est certainement un des meilleurs endroits pour apprécier la plus profonde vallée du monde, celle qui s’ouvre entre les 7ème et 10ème plus hauts sommets.

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Nous quittons Kalopani de bon matin, prêts pour une rude journée de marche (on va se prendre tout de même plus de 1100m de dénivelé négatif dans les gambettes !), mais ne sachant pas qu’il s’agira en fait d’une des étapes les plus éprouvantes de notre trek…

La descente s’amorce de façon assez sévère très peu de temps après avoir quitté Kalopani. Le chemin qui n’est plus qu’un minuscule sentier de terre zigzague sur une pente vertigineuse. Arrivée une centaine de mètres en contrebas j’ai le plaisir de constater qu’il nous faut à nouveau traverser un pont suspendu (long de 107m). Il y en aura 3 autres dans cette même étape, ce qui me permettra de m’habituer et gagner en aisance pour la traversée. En chemin nous rencontrons de nombreux sadhu, des hommes (et aussi quelques femmes) en quête de sainteté. Pour cela ils ont fait vœu de pauvreté et consacre généralement une douzaine d’années de leur vie à la méditation et à des pèlerinages. Ils sont vêtus de pagne orange et ne possèdent souvent qu’une couverture, un bâton et un bol pour recevoir la nourriture que les hindous qui leur vouent un grand respect leur donnent chaque jour (en fait pour un hindou, pratiquer régulièrement l’aumône augmente considérablement son karma). Les sadhu font souvent aussi des vœux très bizarres pour preuve de leur foi : la plupart ne se coupent jamais les cheveux ni la barbe ; certains se laissent pousser les ongles, d’autres encore comme celui que nous rencontrons ce matin, s’attachent les testicules avec une chaîne qu’ils laissent ensuite pendre entre leurs cuisses… les sadhus sont devenus avec l’essor du tourisme en Inde et dans toute la région un véritable phénomène ‘commercial’ : ils se barbouillent la figure de rouge et jaune, se parent de collier de fleurs, jouent d’un instrument, ou se déshabillent devant vous pour être pris en photo et ensuite réclamer un ‘backshish’.

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Le chemin continue de descendre, avec une succession de marches en pierre – certains endroits sont même en marbre - , et je commence à regretter de n’avoir pas investi dans des bâtons pour mieux accompagner mes pas. Une pause café s’impose dans le petit village de Ghasa. On a déjà mal aux pieds alors qu’on n’a pas encore parcouru la moitié de l’étape….pas très encourageant tout ça !

Mais les déboires ne font que commencer : à la sortie du village de Ghasa, on se trompe de chemin et on débouche sur un petit pont de bois qui nous semble assez branlant. Ne voyant pas d’alterntive nous l’empruntons et arrivons sur un étroit sentier à flanc de falaise. Un peu plus loin le sentier est coupé suite à un éboulement. Après avoir hésité à rebrousser chemin, on se décide à se lancer dans quelques enjambées acrobatiques pour poursuivre notre route. On commence toutefois à avoir de sérieux doutes quant à la fiabilité de cet itinéraire ! Quelques dizaines de mètres plus loin on aperçoit un long pont suspendu (tout beau tout neuf) : il s’agit certainement de celui qu’on aurait du prendre. Soulagement, nous ne sommes pas si loin du sentier normal. Reste à rejoindre la plateforme d’arrivée du fameux pont, ce qui nous demande encore quelques acrobaties pas évidentes à réaliser avec un sac sur le dos… Après toutes ces émotions nous continuons à progresser sur l’étroit sentier qui longe la rivière, mais à plusieurs dizaines de mètres de haut. On arrive au petit hameau de Pairothapla, dernier village du district Mustang. De là démarre une descente que je qualifierais d’infernale : 300 mètres de dénivelé sur une très courte distance, des marches qui n’en finissent plus et nos pieds et genoux qui nous signifient leur désapprobation quant au choix du terrain traversé. Ce n’est qu’une heure plus tard que nous atteignons Dana, misérables trekkeurs clopin-clopant. Seul réconfort pour nos petits corps meurtris par cette dure journée, nous sommes bien descendus dans la vallée et nous pouvons enfin quitter nos vestes polaires et chaussettes en laine, Youpi !!

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Jour 6 Dana (1440m) – Tatopani (1190m) 5kms 30/03/09

Aujourd’hui nous optons pour une très courte étape histoire de nous remettre de notre épreuve d’hier, mais aussi de prendre des forces pour la suite car les jours à venir seront principalement constitués d’ascension.

La petite ville de Tatopani est très populaire auprès des trekkeurs car elle comporte plusieurs sources d’eau chaude (c’est d’ailleurs ce que son nom signifie). Imaginez en effet la joie des randonneurs fourbus à l’idée de s’immerger dans des bassins d’eau chaude : quel bienfait inéspérépour des muscles fatigués ! Dès notre arrivée, nous partons explorer le site et ne tardons pas à en revenir extraordinairement déçus. Il s’agit en fait d’un simple petit trou bétonné situé au bord de la piste qu’empruntent des dizaines de bus et de jeeps chaque jour. Bonjour la poussière et l’intimité ! Tous les randonneurs et leurs guides/porteurs s’y précipitent, rien à voir avec ce qu’on imaginait…et en plus l’accès est payant ! On retourne à notre chambre d’hôtel pour ranger nos maillots de bain. De toute façon il pleut la majeure partie de l’après midi, comme quoi nous avions été bien inspirés de nous rendre dans le ‘book shop’ de la ville pour y acheter quelques livres. Nous passons donc la journée dans notre chambre, à l’écart de la pluie et de la foule de touristes qui a assiégée Tatopani. N’ayant pas rencontré beaucoup de monde en chemin jusqu’à présent je me demande d’où viennent tous ces gens et où ils vont. En fait il existe un petit circuit qui parcoure les basses plaines du parc des Annapurnas, Tatopani en constitue certainement une étape.

Je profite du récit de cette courte journée pour revenir sur l’expédition de Maurice Herzog dont j’ai déjà parlé un peu plus haut. J’ai eu l’occasion d’en apprendre davantage sur cet incroyable exploit (la première ascension de l’Annapurna I à 8091m en 1950, soit 3 années avant le succès de Sir Edmund Hillary et son sherpa sur le Mont Everest) car le livre choisi par Bibi (un des seuls disponibles en français) le relate dans ses moindres détails. Il s’agit d’une histoire passionnante, au terme de laquelle je ne parviens toujours pas à comprendre ce qui pousse ces gens à entreprendre de telles folies. Pour résumer : l’équipe des 8 montagnards français est arrivée sur place en avril 1950. L’accès à l’Himalaya par le Népal était ouvert depuis peu et il était important que la France se positionne comme grande nation de montagnards, aux cotés notamment des Américains et Britanniques. Pas moins de 200 porteurs ont été embauchés pour transporter 41/2 tonnes d’équipement et 11/2 tonne de nourriture. Venus à l’origine pour conquérir le Dhaulagiri, l’équipe s’est vite rendu compte qu’aucune voie praticable ne menait au sommet ; ils se sont donc rabattus sur l’Annapurna. C’est vers le 20 mai 1950 que les montagnards maitrisent totalement leur itinéraire et démarrent l’ascension. 15 jours et 5 camps d’altitude intermédiaires plus tard, 2 d’entre eux atteignent le sommet. La descente sera semée d’embûches (avalanches, chutes dans des crevasses), et surtout incroyablement douloureuse pour les deux héros qui y laissent la plupart de leurs doigts et orteils gelés. La passion de la montagne, OK, le dépassement de soi, je veux bien, mais à quel prix ? Ceux-là ont finalement eu la chance d’en revenir vivants (mais pas entiers…), mais que dire de tous les autres ? (40% des alpinistes qui ont tenté l’ascension y sont morts). J’avoue que je ne comprends pas la motivation mais je salue le courage de ces hommes et je vous encourage à lire ce récit et bien d’autres du même type.

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Et pour finir, je vous fais part de la conclusion de Bibi : « il y a chaque année des milliers de morts sur les routes de France, et quitte à crever, je préfère mourir à 8000 mètres d’altitude plutôt qu’au bord de l’A7, même si on l’appelle l’Autoroute du Soleil »….. no comment.

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3 commentaires sur “Trek de Jomsom, jours 4-6”

  1. maman dit :

    Certes la pensée philosophique du jour n’est pas ridicule mais à chacun ses choix !!!
    L’exceptionnel ça se mérite mais il est vrai que la peur du vide, quand on voit ce que tu as dû traverser, n’est pas facile à surmonter .

  2. muriel dit :

    ouaw les photos sont magnifiques et le récit donne très très envie!
    quand au commentaire de bibi sur mourir sur l’A7, je l’imagine sans peine dire ça! ;-))))

  3. Smartprofit dit :

    Aligrht alright alright that’s exactly what I needed!